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BlachèreNotes par Roger Pierre Turine |
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Le Malien Adama Bamba, 32 ans et une belle expérience de photographe tout terrain - son grand père et son père officiaient déjà comme photographes de studio et il s'ingénia à photographier lui-même dès ses 13 ans -, tranchait sur ses confrères par une double audace, plastique et métaphysique, très accrochante dès que l'oeil se posait sur ses travaux. Sans crier gare, sans faire dans le sensationnalisme, très simplement, Bamba a mis en joue des architectures en panne de finition. Elancées vers le ciel mais stériles. Révélatrices de problèmes sociaux-économiques, ses images en noir et blanc répondaient idéalement au thème de la Biennale « Dans la ville et au-delà ». De plus son travail plastique sur les verticales et les horizontales, entre vide et plein, s'avéra probant. Congolais de Lubumbashi, Luba
du Kasaï, Sammy Baloji a marqué de son empreinte
les expositions du festival Yambi initié en Belgique à
l'automne 2007. Si on lui doit de solides images architecturales
du Katanga, ce n'est pas dans le même registre que Bamba
qu'il a fait mouche à Bamako. Il y a frappé les
esprits, comme à Bruxelles ou à Liège, par
ses photomontages de la série « Gécamines
», qui, d'une part, nous renvoient, en noir et blanc, au
temps cruel de la colonisation et, d'autre part et cette fois
en couleur, à la déglingue actuelle de sites miniers
qui demeurent pourtant le poumon d'acier de tout un pays. Panoramiques,
ses photos sont des coups de poings qui dressent les consciences. Jodi Bieber, la plus âgée des lauréats, 41 ans, s'en venait d'Afrique du Sud avec un bel éventail de clichés en appelant tantôt à la mémoire des choses et des gestes, et tantôt, plus dramatiques, aux dérives sociales qu'engendre la précarité des vies dans un continent soumis à toutes les exactions. Solide, dense, éprouvant même, son travail en noir et blanc est lourd de sens et d'implications dans un quotidien tendu. Couleur ou noir et blanc, Bieber choisit utilement ses chromatismes en fonction de la tension paroxystique des sujets abordés. Gulda El Magambo est un autre Congolais de Lubumbashi et, comme son compère Baloji, un membre actif du Vicanos Club, superbe collectif d'une quinzaine d'artistes de toutes disciplines. Comédien, auteur, dessinateur de bd, il s'en est venu à la photo et au film par souci d'expression maximale. Sa série du « Boxeur aux gants rouges » révèle une des facettes de son talent, une des facettes aussi d'une démarche photographique qu'il veut ouverte. Ici, soucieux de la valorisation des traditions, Gulda s'en est allé chez un devin comme il en est tant en Afrique. Détail : ce devin-ci accueillait ce jour-là un boxeur anxieux de connaître l'issue de son prochain combat. Le côté plus esthétique de la démarche apparaît dans l'attrait de Gulda pour les lumières. Passé maître en leur rendu, l'on pourrait dire de lui qu'il est le La Tour de la photographie contemporaine. Journaliste et photographe, le Zimbabwéen Tsvangirayi Mukwazhi a retenu l'attention par ses très belles photos d'orpailleurs et orpailleuses au boulot dans les mines. Si le sujet n'est pas neuf, c'est leur rendu chromatique qui a incité notre jury à saluer son travail. Un rendu magnifié par de solides compositions spatiales et des jeux de couleurs prédominants. Enfin, une mention spéciale a été accordée au travail en commun des élèves de la Camm de Bamako et de l'Ecole des arts décoratifs de Paris autour d'un projet de développement sanitaire dans la région de Mopti. Portraits et scènes d'hôpital, les uns et les autres bien campés et démonstratifs méritaient cet amical salut. Roger Pierre Turine
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