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Jodi Bieber, Las Canas par Christine Eyene |
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Personnages égarés, désorientés; chairs émaciées, environnement désertique, précarité... Voici quelques-unes des impressions ressenties au regard des photos de Jodi Bieber. Les cartels indiquent son nom, et à côté de lui, son pays, l'Afrique du Sud. Alors se met en marche une série de notions acquises, d'idées préconçues. Il y a plus de treize ans que l'Afrique du Sud a acquis son statut démocratique. Ceci, au prix du sang de ses citoyens. Mais l'euphorie des premières heures de la libération, l'utopie de la nation arc-en-ciel, se sont depuis dissipés. L'Afrique du Sud n'est pas exempte de la crise économique et sociale qui affecte le monde. Entrer dans la communauté internationale fut aussi, pour elle, s'intégrer dans un malaise qui touche, sans discrimination, noirs et blancs, à l'échelle globale. Les photos de Jodi Bieber en
attestent. La pauvreté se lit sur le visage de protagonistes
démunis. En marge de la société, ils ont
choisi un terrain vague comme refuge, hors de la ville. Ou plutôt,
"au-delà" de la ville, comme le propose le thème
des 7èmes Rencontres Africaines de la Photographie. Un
"au de-là" dont on ne peut douter qu'il est
né en milieu urbain. Cet univers qui conduit à
l'excès des plaisirs, ou parfois, à la solitude
et l'aliénation. Celui-là même qui propose
aux maux de l'âme humaine, des remèdes psychotropes.
La substance est un leurre, ravageant le corps plus qu'elle ne
soigne l'esprit. Inhalation, injection, le prochain fix
est une obsession qu'accompagne, avec malice, la conscience d'une
auto-destruction incontrôlable. Jodie Bieber s'est illustrée
par son engagement social. Elle a notamment traité de
la condition des femmes victimes de violences conjugales, des
crimes sexuels en RDC et de la pauvreté en Asie du sud.
Son esthétique est sobre et respectueuse. La thématique
ne fait jamais ombre à l'individu. Bieber s'attache toujours
à nouer avec lui un contact personnel. Christine Eyene
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