Adama Bamba, la photo dans le sang

par Almahady Moustapha Cissé

 

Adama Bamba, la photo dans le sang


Le jeune malien Adama Bamba, 32 ans, lauréat du 1er Prix de la Fondation Jean Paul Blachère, a la photo dans le sang. Petit fils et fils de photographe, le jeune Bamba s'initia à la photo dès l'âge de 13 ans. A travers son oeuvre, il a voulu refléter une autre image de l'Afrique. Une Afrique en panne !
Bamba, a voulu mettre en exergue des images des chantiers inachevés en panne. Avec audace, il a posé son objectif sur des poteaux élancés vers le ciel, comme pour souligner « l'Infini ». Et surtout « l'inachevé et l'imparfait » qui caractérisent la plupart des chantiers en Afrique.
Ces images en noir et blanc, avec un réel effort plastique sur les lignes et les contours cadrent parfaitement avec le thème de la Biennale « Dans la ville et au-delà ».

Sammy Baloji, un artiste engagé
A 29 ans, le jeune congolais de Lubumbashi, en République Démocratique du Congo, a mis son objectif au service de l'engagement. A travers son oeuvre « Gégamines », il a voulu jeter un pont entre le passé et le présent. Un passé avec un lourd tribu fait d'exactions et d'exploitation et, un présent à l'avenir incertain.
Baloji a su réussir un subtil mariage entre le numérique et l'analogique. Sur un même décor il a juxtaposé des images ­ anciennes ­ de mineurs enchaînés portant de lourds fardeaux sur leurs têtes devant des rails désespérément vides
Comme pour dire, l'Afrique a raté son train de développement.
Baloji, par ses images, a voulu nous faire prendre conscience d'une triste réalité. Le malheur de l'Afrique, c'est sa richesse. Et le cas de la République Démocratique du Congo, son pays, en est une parfaite illustration. Ce pays, malgré ses richesses minières et minérales offre une image désolante : un pays divisé entre différentes factions rebelles et, où la population croupit dans la misère et le dénuement total.

Jodi Bieber
La sud-africaine Jodi Bieber, 41 ans, est la seule femme qui a pu se hisser dans le classement du jury. Bieber, avec une touche et une sensibilité féminine, a voulu par ses images mettre à nu les tares de la société « arc en ciel ». Elle nous frappe d'un coup de fouet à la conscience par des images expressives et lourdes de sens où s'entremêlent la misère et la souffrance humaine.

Ghislain Gulda El Magambo
El Magambo, 38 ans et, lui aussi originaire de Lubumbashi en République Démocratique du Congo. Dans sa série du « Boxeur aux gants rouges », avec dextérité, Gulda El Magambo, a montré une autre facette de l'Afrique. Celle des croyances et, où tout signe ou évènement est source d'interprétation. Il a voulu montrer la difficulté qu'éprouvent les devins à exercer leur science en milieu urbain, où ses pratiques jugées fétichistes et diaboliques, sont considérées taboues. Pour survivre, le devin porte lui des gants rouges et se prépare dans la pénombre d'une minuscule pièce à peine éclairée par des bougies. Sur le plan esthétique, la maîtrise de la lumière montre tout le talent de l'artiste.

Tsvangirayi Mukwazhi
Le Zimbabwéen Tsvangirayi Mukwazhi, 30 ans, dans sa collection « Black Diamonds », a su séduire le public et le jury par ses belles prises de vues d'orpailleurs qui travaillent dans les mines. Sa formation de journaliste lui a certainement inspiré dans ses choix d'angle ­ prises ­ et des jeux des couleurs. C'est ce travail qui a été reconnu et salué par le jury.

Pour terminer, le jury a décerné une mention spéciale au travail en commun qui a été fait par les élèves de la C.A.M.M. de Bamako et de l'Ecole des arts décoratifs de Paris. Cette synergie s'est articulée autour d'un projet de développement sanitaire à l'hôpital Sominé Dolo de Mopti ­ Centre du Mali. Ils nous font vivre comme dans un film, les différentes scènes ­ même les plus agonisantes ­ qui se déroulent à l'intérieur de ce centre hospitalier. Plus qu'un mérite, le jury a voulu récompenser une démarche.


Almahady Moustapha Cissé
Journaliste et Critique d'Art