Prix de la Fondation Jean-Paul Blachère

par Moussa Bolly, Journaliste/Critique d'image

 

« L'infini, l'inachevé et l'imparfait » ! C'était le thème des oeuvres présentées par Adama Bamba, 32 ans, pour l'exposition internationale à la 7ème édition des Rencontres de la photographie africaine. Originaire de Sikasso (480 Km au Sud de Bamako, la capitale malienne), Adama est un photographe engagé. Ses prises de vue sont audacieuses car le jeune photographe pose son objectif sur un décor qui peut paraître banal dans nos villes, mais qui, souvent, les défigure et déshumanise.
De ses oeuvres présentées lors de cette 7ème édition, se dégage un message politique qui nous rappelle des «Eléphants Blancs» d'Afrique. Il s'agit de ces ouvrages gigantesques, souvent inachevés ou imparfaits parce que n'atteignant jamais leurs objectifs socioéconomiques.

Très engagé dans la conservation et la promotion du patrimoine ethnographique de son pays, Ghislain El Magambo Gulda (38 ans) exprime les revendications de sa société en crise à travers ses photos. Une crise symbolisée par devin armé de gants comme pour exorciser des démons qui surgissent de tous les côtés pour menacer les siens. Ses oeuvres mettent en évidence des rituels traditionnels souvent bafoués, mais vers lesquels les populations se tournent dans la difficulté. Dans ses oeuvres, l'esthétique est surtout dans le jeu de lumière mettant assez en relief le caractère sacré qu'elles reflètent.

Né en 1978 à Lubumbashi (RDC), Sammy Baloji est un artiste né. En effet, en plus de sa Licence en Lettres et Sciences humaines, il s'est illustré dans la bande dessinée et la vidéo avant de véhiculer ses idées et ses opinions par la photographie. Lors des Rencontres de la photographie africaine de Bamako, ses oeuvres ne pouvaient passer inaperçues aux regards de professionnels parce qu'elles mettent en relief le contraste entre l'argentique et le numérique grâce à un savant travail de création. «Mémoire» ! C'est ainsi qu'il a baptisé la série exposée au Musée national de Bamako.
Les artistes sont la conscience et la mémoire de l'Afrique. Et Sammy est cet artiste qui jette un pont entre le passé et le présent, qui fixe la société dans des instantanés saisissants. Ses photos sont des tableaux assez vivants de cette Afrique enchaînée et qui porte toujours de lourds fardeaux comme la dette, la pauvreté, le paludisme, le VIH/Sida, l'analphabétisme, les conflits... Quelle que soit la liberté qu'il ou qu'elle revendique, chaque Africain ou Africaine à son fardeau et porte sa chaîne d'asservissement, même invisible !

Svangirayi Mukwazhi est un combattant de la liberté. La preuve, il a quitté la Zambie (un exemple de démocratie en Afrique), où il est né en 1977, pour travailler à Harare, capitale d'un pays (Zimbabwe) où chaque parcelle de liberté se conquiert généralement au prix d'un énorme sacrifice, au prix de sa vie. Téméraire ? Mukwazi l'est puis qu'il se positionne comme un leader de la «génération consciente» d'Afrique. Son travail sur les mines de diamants est remarquable, chatoyant et flamboyant.
Difficile de passer à côté de ces femmes et hommes couverts de poussière dans ces mines dont ils sont les parents pauvres. On connaissait «Blood Diamonds» (les Diamants du sang) à l'écran. Mais, Mukwazi nous fait découvrir une autre facette de l'industrie du diamant avec «Black Diamonds» (Diamants Noirs) : la misère des mineurs ! Des oeuvres qu'il faut prendre comme la contribution du photographe au débat toujours d'actualité : à qui profite les richesses de l'Afrique ? «L'or de l'Afrique profite aux sociétés d'exploitation et les peuples se contentent de la poussière des mines», disait récemment un journaliste européen. Et Mukwazi lui donne raison à travers ses photos.
Au-delà de la beauté esthétique et plastique, on ne peut qu'être marqué par l'engagement qui se dégage de ses photographies. Un engagement admirable de la part d'un artiste vivant dans un pays qui, ces dernières années, est au coeur de l'actualité à cause de l'oppression qui s'abat sur les opposants et où les violations des droits de l'Homme sont monnaie courante : le Zimbabwe !

Née en 1966 à Johannesburg (Afrique du Sud), Jodi Bieber présente la misère humaine avec un regard pudique. Des loques humaines abandonnées dans un environnement hostile. L'amertume, le stress, le désespoir sont au coeur de ses oeuvres. OEuvres dans lesquelles l'insolite le dispute à l'originalité de la prise de vue. Un vrai travail d'artiste ! Un regard moins complaisant qui se défile devant l'objectif certainement pour signifier la révolte de la photographe face à l'indifférence des autres face au drame humain.

*« Hôpital Sominé Dolo de Mopti » ! Tel était le thème d'une expo collective présentée au Centre Culturel français de Bamako à l'occasion de la 7ème édition des Rencontres de la photographie africaine. Des photos assez expressives réalisées par les étudiants du Conservatoire des Arts et Métiers Multimédia «Balla Fasséké» de Bamako et de l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris. Ce qui est remarquable dans ses oeuvres, c'est la façon de capter les regards. Des regards qui en disent aussi long que tout texte, que tout tableau
Les regards de douleurs, de désespoir ou de résignation des malades dans des chambres nues d'hôpital. Des regards désemparés des accompagnateurs souvent affalés à même le sol ou qui doivent souffrir le martyr pour faire admettre leurs malades. Des regards impuissants des praticiens souvent appelés à faire des miracles pour sauver des malades. L'accès de tous à la santé reste donc un grand défi, un Objectif du Millénaire pour le Développement (OMD), que des pays pauvres comme le Mali ne sont pas prêts de relever !

Moussa Bolly