Colloque de Lyon des 12 et 13 novembre 2007

« La création contemporaine et les musées de sociétés »

 

Comité scientifique :
Simon Njami
Jean Hubert Martin
Roger Boulay
Michel Côté

 

Colloque du 12 et 13 novembre 2007
A l'Hôtel du Département et à la galerie IUFM Confluence(s)

 

Un colloque se tient les 12 et 13 novembre 2007 à l'Hôtel du Département à Lyon sous l'égide du Conseil Général du Rhône, impulsé par le Musée des Confluences. Ces deux jours vont permettre de partager des réflexions émanant de contextes de création contemporaine parfois très différents. Ils vont expliquer les conditions d'émergence de la création et son organisation dans différents points du globe. De nombreuses questions vont être posées, quant à la représentativité de la création contemporaine dans les musées de sociétés, quant aux critères de jugement des oeuvres à partager ou à renouveler ?

 

PROGRAMME : LUNDI 12 NOVEMBRE 2007

 

9h30 - 10h00 Café

10h00 - 10h30 Accueil Par Michel Côté, Directeur du Musée des Confluences

 

Introduction : Histoire - contexte - état des lieux (10h30 - 12h00)

La notion d'art et d'artisanat dans les cultures. Quels progrès ont été faits en faveur de la reconnaissance d'autres traditions tenant compte de leur propre hiérarchie de valeur ? Le XXIe siècle rend-il compte de la continuité historique de civilisation sur laquelle il porte son regard ? Quelle place est donnée au point de vue des artistes d'aujourd'hui sur la signification profonde des productions de leurs pères et leur impact dans la vie contemporaine ? Quelle place est accordée à la réflexion polysémique ?

- Erica Deuber Ziegler, chargée de recherche au musée Ethnographique de Genève

«Le divorce entre les notions d'oeuvre artistique et objet ethnographique continue de susciter des débats féroces. En réalité, ces catégories tiennent aux conditions dans lesquelles se sont construites à la fois les collections et les connaissances: d'un côté, et en premier lieu, le goût pour l'art et son étude, soit l'art européen remontant à l'art antique méditerranéen, comme une catégorie d'objets autonomes distincts des produits de l'artisanat ; de l'autre, beaucoup plus tard, l'étude des cultures des peuples périphériques et extra-européens dont les artefacts, ramenés chez nous, portaient témoignage. En faisant admettre l'égalité et l'universalité des valeurs culturelles de tous les peuples, au moment même où la mondialisation intégrait la planète dans des systèmes de production tendant à l'unité, le sens de ces catégories a volé en éclat, mettant en crise les disciplines comme les balises séculaires de nos institutions muséales»

 

- Jean-Hubert Martin, conservateur en chef, Direction des Musées de France

«Depuis 1989, date de «Magiciens de la terre», de Tien An Men et de la chute du mur de Berlin, y a-t-il eu des changements profonds dans le monde de l'art contemporain européano-américain et sa perception des autres cultures ? Dans cette évolution récente, quels rôles respectifs ont joué les musées et les institutions par rapport aux collectionneurs et au marché ? Quels progrès ont été accomplis en faveur d'une prise en compte d'autres traditions avec leur propre hiérarchie de valeur pour échapper à la projection de nos schémas tels que les véhicule l'histoire de l'art universel écrite dans les plus beaux jours de la période coloniale ? Pour la modernité qui lui est contemporaine, sans doute faut-il aller au-delà du ping-pong habituel du «eux et nous» pour essayer de comprendre comment s'est opéré sa perméabilité et sa diffusion au gré des allers-retours d'artistes étrangers venant étudier dans les centres européens».

 

- Simon Njami, commissaire international indépendant, commissaire général Africa Remix

«La création africaine a toujours été montrée en Occident sous un jour réducteur. Dès les premières expositions des siècles passés, les masques et les statues récoltés sur le continent africain ont été considérés prioritairement comme des outils participant à une vision pragmatique et utilitaire, liés aux différentes croyances ancestrales. Il a fallu du temps avant que leur valeur esthétique ne soit enfin prise en considération. Aujourd'hui où se pose, dans les musées occidentaux la question de monstration de ces oeuvres, il est temps de se poser deux ou trois questions sur la pertinence des dispositifs jusqu'alors abordés. Comment au XXIeme siècle, prétendre rendre compte d'une civilisation donnée sans l'inscrire dans une continuité historique ? Comment lire les oeuvres produites hier sans inviter les héritiers de ces artistes à donner leur point de vue sur la signification profonde de ces productions et leur impact dans la vie contemporaine ? Comment enfin sortir de l'objectivation outrancière pour entrer dans une réflexion polysémique ? Ce sont les enjeux auxquels il est urgent que nous nous attelions».

Echanges et discussions (12h00 - 12h30)

 

12 h30 - 14h00 Déjeuner

 

Les lieux institutionnels et la création contemporaine (14h00 - 16h00)
Les lieux institutionnels et la création contemporaine
Quelle place a la création contemporaine aujourd'hui dans les musées ? Quelle est la portée collective de la vision d'un artiste ? Quel rôle jouent les expositions permanentes et temporaires dans la représentativité des cultures ? Les musées de sociétés ont-ils un rôle particulier à jouer dans la représentativité de la création contemporaine ? La réflexion de l'artiste est-elle intégrée à la réflexion muséographique ? Quelle place a la parole des cultures dans la réflexion muséographique ?

 

Modératrice - Claire Merleau Ponty, chef du service des échanges et programmes internationaux de l'Ecole du Louvre.

 

- Roger Boulay, chargé de mission pour les collections d'Océanie auprès de la Direction des Musées de France.

«Les musées et le zapping des cultures : comment éviter la contradiction entre exposition permanente consacrée aux objets anciens et aux civilisations disparues et les évènements éphémères en général dévolus aux arts d'aujourd'hui et aux sociétés contemporaines ? L'exemple de Rochefort sur Mer : entre kanaks d'hier et artistes du jour».

 

- Michel Côté, directeur du Musée des Confluences, Lyon

«Dans le cadre de son projet culturel, le musée des confluences a été très tôt confronté à la question de l'art contemporain. Ce musée de sciences et sociétés a la volonté de faire appel à l'ensemble des disciplines pour aborder la complexité du monde. Par ailleurs, les collections doivent être actualisées pour tenir compte de l'évolution des sociétés et rendre compte des enjeux contemporains. Mettant l'accent sur les premières nations, le musée a ainsi privilégié des acquisitions importantes aborigènes et inuit. Il a aussi inscrit dans sa programmation culturelle et dans sa politique de diffusion la mise en valeur d'artistes contemporains enrichissant ainsi le discours et les points de vue. Des expositions comme Harem ou Frontières traduisent cette orientation.»

- Jean-Pierre Mohen, directeur du patrimoine et des collections, musée du Quai Branly, Paris

«La création contemporaine s'invite aujourd'hui dans de nombreux musées, y compris les musées de sociétés. La première propose en général, la vision d'un artiste d'un domaine par définition réservé à des expressions collectives de sociétés. L'ambiguïté n'est pas sans danger car la création contemporaine, notion générale récente, d'origine occidentale, a tendance à se substituer à des appréciations sociales, cérémonielles, métaphysiques régionales et souvent locales.
La confrontation des deux approches pourrait être stimulante si l'on donnait quelques clés d'interprétation des oeuvres, ce qui est rare, le visuel et l'émotionnel étant dans ce cas, privilégiés.
Heureusement, quelques exemples pris au British Museum, au Musée du quai Branly, à Porto Novo, au Malide la corrélation explicite entre création contemporaine et musées de sociétés, indiquent quelques réussites de ce mélange des genres quand il s'applique à des situations précises, de portée humaine indéniable.»

 

- Rosanna Raymond, conservatrice, directrice artistique, artiste, musée d'archéologie et d'anthropologie de l'Université de Cambridge

«Last year saw the Pacific emerge into the public eye in the UK through a series of major exhibitions and associated events that were spread across museums in the Southeast of England. I was involved in many of the openings and celebrations in various guises, as a curator, researcher, performer, artist, lecturer, and member of the large and thriving UK-based Polynesian community. The living dynamism of Polynesian cultures was indeed the common thread through all the exhibitions, transforming otherwise static displays, bringing forth real 'power' and 'taboo', and without these living engagements, or in some cases entanglements, the historical exhibitions would have been just more grand displays of the past, locked in glass cabinets, labelled for the masses and carefully conserved out of existence. Through all this activity I was encouraged to see that, slowly but surely, relationships are being forged every time an exhibition presents itself.
This presentation will focus on the Pasifika Styles Exhibition housed at the University of Cambridge Museum of Archaeology and Anthropology exploring the journeys taken by the artists, curators and staff of the museum as we developed collaborative processes in the making of the exhibition and how we negotiated the complex space between people and things, art and artefact impacting on museum protocols as well as the present day representatives and their art practices.»

Echanges et discussions (16h00 - 16h30)

 

17h30 - 19h30 Visite de l'exposition Art contemporain papou à la galerie Confluence(s) de l'IUFM, en présence de Roger Boulay, Michael Mel et Daniel Waswas.

Galerie Confluence(s) de l'IUFM
5, rue Anselme
69004 Lyon
Accès Bus : ligne 18 (Saxe
- Préfecture), arrêt Clos Jouve

 

 

PROGRAMME : MARDI 13 NOVEMBRE 2007

 

D'autres lieux, d'autres regards pour la création contemporaine (10h00 - 11h30)

Quel rôle jouent les lieux non-institutionnels dans la représentativité de la création contemporaine ? Quels sont leurs regards ? Quelles sont leurs approches ? Comment travaillent-ils avec les artistes ? Quelles relations entretiennent-ils avec le marché de l'art ? Quelle place est donnée au design dans la création contemporaine ? Quelles relations ces autres lieux entretiennent-ils avec les autres lieux institutionnels ?

Modérateur - Cyrille Bret, doctorant en histoire de l'art contemporain, Paris X

- Fondation Jean Paul Blachère pour l'Art contemporain africain, Apt

«La Fondation J-P Blachère est une fondation d'entreprise installée au coeur d'une zone industrielle en Provence. Sa vocation est d'aider l'Afrique par la promotion de ses artistes sur les marchés européens. Sa dernière exposition confrontait des masques rituels du musée de Tervuren à des créations de dix artistes africains contemporains.
Elle accueille aussi des artistes en résidence et organise chaque année deux ateliers en Afrique et en France.
Depuis 2004, la Fondation a travaillé avec plus de cent artistes, majoritairement de l'Afrique subsaharienne. Si les peintres et les sculpteurs sont les plus représentés, cette année la Fondation présente aux Rencontres de Bamako les oeuvres de seize vidéastes réalisées lors des deux ateliers.»

- Pierre Huber, directeur de la galerie Art Public, Genève, Commissaire général de SH, exposition internationale à Shanghaï d'art contemporain pour la zone Asie Pacifique, 2007

«Lorsque l'on parle aujourd'hui des lieux non-institutionnels, cela va de pair avec la question de changement de la fonction même de galeriste. La création de Art Unlimited à Bale répond au fait qu'aujourd'hui le rôle de galeriste est le même que celui d'un producteur de cinéma, qui a la prise en charge totale de la production d'une oeuvre.
Avec l'apparition de nouvelles structures et technologies, les artistes exigent beaucoup, et cela nous oblige à créer une structure qui simultanément s'occupe de la recherche, de la production et diffusion. Et cela demande à une galerie, ou tout aussi bien à une institution privée, d'avoir des personnes qui sont pratiquement rattachées à chaque artiste et qui gèrent aussi bien son agenda que les productions destinées à des expositions internationales. D'autre part, il faut suivre et être au courant des évolutions technologiques, afin de pouvoir aider l'artiste en l'accompagnant dans la concrétisation de son idée, ceci est notre rôle.»

 

- Céline Savoye, commissaire Design made in Africa, chef de projet et directeur artistique, Cité du design, Saint-Etienne

«L'intervention portera sur l'exposition internationale itinérante de design en Afrique «Design Made In Africa» : l'origine, le concept, les différentes étapes et présentations en Afrique et dans le reste du monde. L'implication et le rôle des institutions productrices seront également évoqués, tout comme les nombreuses actions périphériques développées lors de la circulation de l'exposition. Et ce que l'exposition, au terme de 3 ans de circulation, a pu générer en communication ou commande auprès des designers africains.»

Échanges et discussions (11H30 - 12H00)
12 h30 - 14h00 Déjeuner

 

Structuration de la création contemporaine en Australie, au Canada et en Océanie (14h00 - 16h00)

Comment se structure la création contemporaine en Australie, au Canada et en Océanie ? Quels sont les différents acteurs de cette création ? Quel est le rôle
de cette création ? Quelle est sa représentativité en Europe ? Quelle place a l'artiste dans cette organisation ? Quel rôle joue le marché de l'art ?

Modératrice - Christine Athenor, Musée des Confluences.

 

- Francesca Cubillo, conservateur du département d'Art et d'objet de culture Aborigène,Museum § Art Gallery of the Northern Territory, Darwin

«Australian Aboriginal Art: Interpreting Reality.
The Art of Aboriginal Australia is one of the oldest, richest and most complex forms of Creative expression in human history. Aboriginal Art is as much alive today as it was 40,000 years ago. As in the ancient past, the art is not easily separable from everyday life. It is lively and positive art which describes and engages the world in a variety of guises - song, word, performance and paint among others.My presentation will highlight the fact that the art of Aboriginal Australians today takes on many forms. Particular emphasis will identify that despite significant change and diversity, the art retains an underlying unity of inspiration - the land and human relationships that are associated with it. It has solid links with the past but is firmly rooted as political, social and creative action in the present.»

 

- Michael Mel, artiste, philosophe, directeur du département d'éducation artistique et religieuse, Université de Goraka, Papouasie-Nouvelle-Guinée.

- Talasia Tulugak, spécialiste en culture inuit, Art Nunavik, Fédération des coopératives du Nouveau-Québec.

- Daniel Waswas, artiste peintre présenté dans l'exposition Art contemporain papou.

«The Development of Papua New Guinea Contemporary Art.
The introduction of new materials and ideas contributed to the birth of contemporary art in Papua New Guinea. Although, much of its ideas and subject matters derive from the many cultures, it has no traditional association to the cultural practice in terms of value and cultural significance.
I will be addressing the practical aspects of being a visual artist living in a developing Pacific nation and what are the implications and what is being done to overcome many challenges and barriers.»

Échanges et discussions (16h00 - 16H15)

 

Conclusion (16h15-17h00)
Synthèse de Julien Bondaz, doctorant en anthropologie et Cyrille Bret, doctorant en histoire de l'art contemporain (16h15 - 16h45)

Perspectives, par Jean-Hubert Martin, conservateur en chef, Direction des Musées de France (16h45 - 17h00)

 

Colloque organisé par le Musée des Confluences en partenariat avec la galerie Confluence(s) de l'IUFM

 

Pour toute information complémentaire :

Musée des Confluences
10, rue Boileau
69006 Lyon
Tél : 04 72 69 11 83
Courriel : mathilde.ducuing@rhone.fr

 

Lieux du colloque :

Hôtel du Département
29-31, cours de la liberté
69006 Lyon
(entrée piétonne rue de Bonnel)

Exposition Art contemporain papou
Galerie Confluence(s) de l'IUFM
5, rue Anselme
69004 Lyon