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Là, devant mon clavier,
je regrette presque de n'avoir pas juste transcrit directement
à chaud, "live and direct", pour tous ceux qui
n'étaient pas à Dak'Art 2006, tous les échos
émis et exprimés par la plupart de mes amis artistes
dont le travail avait été sélectionné
pour être montré dans les sites officiels.
Parler de la Biennale de Dakar?
Voir, écrire un papier sur la biennale, quel exercice
périlleux! Par où faudrait-il commencer la réflexion?
Par le fait qu'une grosse sculpture représentant une non
moins grosse femme a dû être soutenue par de solides
bouts de bois à l'arrière pour lui permettre de
trôner pendant un mois dans la cour du musée de
L'Ifan. Comme si la recherche de l'équilibre, du centre
de gravité n'était pas du tout important pour confirmer
la tridimensionnalité d'une uvre sculpturale.
La grosse femme pourrait représenter
Dak'art et les solides bouts de bois, l'argent du contribuable
occidental mis à la disposition de l'Union européenne
ou de la "Francophonie" pour "aider".qui?
Autre question concomitante à cette dernière, la
notion de diaspora africaine s'étirerait-elle jusqu'à
la nouvelle composante "France/Sénégal".
En quoi cela participerait-il en une illustration des "aspects
positifs de la colonisation" par exemple? Quand je pense
que les artistes de la diaspora africaine américaine,
étaient jusqu'à l'édition de 2006 difficilement,
au compte-goutte, intégrés aux événements
officiels sous le prétexte qu'ils bénéficiaient
beaucoup des possibilités du marché de l'art en
Amérique (ce qui n'est pas tout à fait vrai, une
certaine forme de discrimination existe bel et bien dans le milieu
artistique d'Outre Atlantique et d'Occident aussi). Il est vrai
qu'il n'y a pas de démocratie en art, mais tout de même!
On pourrait faire une liste des questionnements et des malentendus,
à souhait ou à l'infini. Les sous-entendus y feraient
leur apparition aussi!
Peut-être bien juste répertorier toutes les interrogations
émises par les "concernés", les plus
immédiats (les artistes) auraient certainement fait largement
l'affaire. Même si Dak'Art est une très bonne opportunité
de visibilité et d'échanges pour les faiseurs de
l'art à qui cela offre certes des retombées conséquentes
et non négligeables (prix, bourses de résidence
d'artistes, reconnaissance, vente, proposition de participation
à divers projets ), nul ne peut évacuer le lot
de frustrations qui va avec. Je pense que cela pourrait aussi
être valable pour la plupart des événements,
toutes proportions gardées. Mais ne faisons pas vite des
amalgames.
Dakar n'est pas Kassel! Devrait-on juste limiter la comparaison
au mode de financements et à sa disponibilité pour
une organisation planifiée, respectueuse et efficiente
de ces deux événements artistiques internationaux
qui pourraient se valoir quand on veut bien les ramener à
la fonction première qui justifie leur raison d'être.
Des plateformes organisées pour une monstration du travail
des artistes! Evidemment les contextes sont totalement différents.
Mais question d'altérité oblige, il sera très
difficile à un contexte de vie à l'heure actuelle
globalisée, mondialisée, par le biais de l'économie,
de la géopolitique, de la technologie, du fondamentalisme
du marché, du pouvoir des armes du terrorisme institutionnel
et étatique national et international, d'être réflexivement
disséqué sans que tous les enjeux qui en général
sous-tendent et vicient nos lieux de vie ne soient laissés
en rade ou facilement évacués dans l'analyse.
Dakar, qui n'est donc pas Venise, se trouve être la capitale
d'un pays "africain". C'est de là, entre autres
lieux, que l'on entend maintenant aisément mais aussi
tragiquement: "Barça ou Barzakh" (Barcelone
ou la mort). Slogan de milliers de jeunes qui à l'image
des rats ont choisi la roulette russe en affrontant l'océan
pour se donner des chances de vivre mieux et de se réaliser
économiquement socialement, humainement. Je n'ai pu m'empêcher,
toutes les fois que je pensais à eux, de jeter une bouteille
à la mer avec ces mots blottis dans le roulis d'un papier:
"Esquive d'esquifs.rétifs au réflexif .esquisse
d'esquivefautif?...."
Que de choses entendues et bel et bien mal entendues à
ce propos!
Le fait que parler de l'Afrique
soit et reste un débat infini, n'épargne aucune
tentatives d'explicitations, et d'évolutions de la perception
que l'on pourrait avoir à chaque fois que l'on s'évertuera
à vouloir le faire. Il va falloir sans cesse s'astreindre
à un exercice de transcendance des imaginaires glauques,
condescendants, réducteurs par la force de la déformation
des prismes à partir desquels on aborde le tissu de complexités
à travers lequel, l'historique, l'anthropologie, l'ethnologie,
l'économique, le politique, la représentativité
en valeur dans les échanges commerciaux internationaux,
configurent la notion "Afrique". Je me rappellerai
toujours de ce jour de septembre 99 à Liverpool dans cette
école d'enfants attardés mentaux où j'animais
un atelier de créativité. Un de ces enfants, 12
ans à l'époque m'avait dit: "l'Afrique c'est
le continent des lions, des tribus, de la guerre, et de la famine".
Il le savait disait-il parce que la télé le lui
avait appris. No comment!
Cela ne devrait aucunement justifier le fait de vouloir légitimement
tolérer les différents retards d'exécution
et de coordination des tâches afférentes à
l'organisation de Dak'art . L'Afrique est loin d'être une
terre de malédiction! Au-delà même de la
question cruciale de la disponibilité des financements,
si les hommes et les femmes qui s'occupent de l'administration
de la biennale étaient mieux outillés en savoir
faire dans la gestion et l'organisation d'un événement
artistique international, avec le profil de l'emploi le plus
adéquat possible, cela aiderait beaucoup la structure
organisatrice de la biennale à se professionnaliser davantage.
Tout le monde le sait! Peut-être qu'une réflexion
autour de la définition d'un statut spécial et
approprié à la biennale pourrait aider à
améliorer les choses. Une émanation du ministère
de la culture mais qui aurait une autonomie lui permettant quand
il le faut, de prendre des décisions opportunes en s'affranchissant
de la lourdeur des circuits administratifs, et de l'incompréhension
de certains fonctionnaires de la culture, qui assimilent l'organisation
de la biennale à un gaspillage parce qu'ils ne sont aucunement
au fait des réels enjeux gravitant autour d'un événement
artistique international de cette nature. Ce serait préjudiciable
au pays et à toute l'Afrique si la biennale arrivait à
ne plus s'organiser. Du fait de son caractère pan africain
et international, Dak'art implique tout le continent et toutes
ses diasporas. Une des pistes de résolution de la question
de la provenance des financements de cet évènement,
pourrait résulter de cet état de fait. Si tous
les Etats africains donnaient par exemple symboliquement plus
ou moins 20 millions de francs cfa (30 000 euros), ou bien si
une structure privée nationale ou pan africaine performante
de recherche de financements et de sponsorings était créée
pour chercher de l'argent exclusivement vers le secteur privé
africain et de la diaspora, cela faciliterait beaucoup l'organisation
de l'évènement. En plus de cela aucun bailleur
extérieur ne pourrait s'arroger un droit de facto au discours
dans les cérémonies officielles d'ouverture de
la biennale. Mais en attendant, qui détient, la bourse,
a un certain pouvoir!
Quelque part dans le même
ordre d'idées, il y a quelques jours, un "journaliste"
qui relatait un différend qui opposait un "bijoutier
artiste", l'Etat du Sénégal et l'Ambassade
des USA à propos d'une "uvre d'art en or" qui
était évaluée à cent millions de
nos francs (150 000 euros), avait écrit dans un de nos
quotidiens (un espace public) qu'il s'étonnait qu'un simple
tableau puisse valoir autant d'argent! Le comble de la bêtise
publiquement transcrite par un pseudo intellectuel en carence
réelle d'éducation et de sensibilité à
la chose artistique! Que dirait-il s'il savait, (le pauvre),
qu'un autre "simple tableau", un portrait peint en
1907 a été vendu il y a un mois à cent vingt
cinq millions de dollars? Questions de lieu et d'air du temps
encore une fois!
Le décalage qu'il y a entre le travail des artistes contemporains
et le contexte de vie qui teinte et colore leurs différentes
démarches et propositions plastiques et visuelles y est
pour beaucoup. La biennale pourrait jouer un rôle très
important dans le sens de la réduction de la distance
entre elle et le public local. Il a été noté
un très bon quadrillage de presque toute la ville par
les affiches annonçant Dak'art 2006, une émission
spéciale de la biennale tous les jours à la télévision
nationale, et aussi une meilleure qualité du journal exclusivement
consacré à l'évènement paraissant
quotidiennement, mais cela n'a apparemment pas joué sur
la fréquentation des lieux d'expos par la population locale
qui dit-on est beaucoup plus préoccupée par les
questions de survie au quotidien. L'implication du public, de
la population locale pourrait plus ou moins aisément se
faire par le biais de la prise en compte du vécu qui coexiste
avec l'évènement à travers des projets que
certains parmi les artistes officiellement sélectionnés
auraient à faire sur place, en investissant la ville,
ses habitants et ses préoccupations. Dieu sait qu'il y
en a! Si les populations se voyaient de plus en plus impliquées
dans des projets artistiques interactifs, qui s'élaboreraient
sous forme de processus de connivence qui les interpellerait
de manière subtile et intelligente, cela contribuerait
grandement à changer la donne! Que l'on s'entende bien,
il ne s'agira pas dans le cas de ce genre de projets spécifiques
de seulement mettre l'accent sur la production d'objets culturels
et artistiques finis. La dialectique artiste + projet / population
+ préoccupation traduite en processus de mise en lumière
et de réflexion créative matérialisée
sous la forme de propositions visuelles, plastiques ou théoriques
(facilitation du dialogue social entre gouvernés et gouvernants
en ce qui concerne les problèmes d'ordre environnemental
par exemple) mènerait à des résultats qui
auront valeur d'acte artistique à part entière
(et entièrement à part si on veut). Cela pourra
se concevoir en appoint avec toutes ces manifestations de proximité
qui se dynamisent au fil des éditions mais qui s'adressent
pour la plupart au public local par le biais d'une tentative
de transposition d'un espace de type muséal où
des objets déjà faits sont agencés d'une
certaine façon pour être vus et pour servir de base
à un échange, une communication!
Pendant la période de la biennale, j'avais été
invité à manger sur la corniche à l'est
de la ville, ainsi que quelques autres artistes sénégalais,
taiwanais, autrichiens, américains ; ainsi que différentes
autres personnes, hommes et femmes, de race, de genre et de profils
divers. Au cours des discussions à travers lesquelles
on tentait de socialiser, un des artistes sénégalais
a demandé à des fonctionnaires du ministère
de l'économie qui étaient là, s'ils avaient
déjà visité la biennale. Ils ont paru à
la fois un peu surpris et un peu gênés par cette
question somme toute banale à priori. L'un d'eux répondit
par la négative tout en se demandant s'ils avaient encore
le temps de le faire. Après qu'on les ait rassuré
de cela, un autre parmi eux nous demanda alors s'il y avait des
gens dans les lieux d'exposition qui pourraient les aider à
avoir accès au travail des artistes, parce que c'est trop
compliqué pour nous comprendre souvent. Ils dirent que
cela allait leur permettre d'aller au-delà du prime abord
qui faisait d'eux des malentendants la plupart du temps, on leur
répondit que c'était sous entendu et que des étudiants
de l'Ecole des Arts faisaient office de guide dans tous les sites
officiels de l'exposition qui se trouvaient tous curieusement
à cinq minutes du ministère de l'économie.
Dak'art par le rôle de
lieu de visibilité de la production des artistes fils
ou filles de ce continent (qu'ils y vivent ou non) dont le travail,
est et doit rester un des innombrables actes de descellement
des esprits à travers la spécificité de
la vision et de cet autre regard qu'il porte à partir
de leur monde, sur le monde qui nous appartient. Evidemment,
la fête a de plus en plus tendance à s'organiser
avec le "off" où tout le monde, de n'importe
quelle diaspora dont il se réclame puisse montrer son
travail. L'intérêt de ce phénomène
se trouve décuplé par le fait que ce qui était
qualifié il y a dix ans de "pôle de dé-confiscation"
de la biennale par des artistes sénégalais dans
leur soucis de se démarquer de l'institutionnalisation
de la biennale jugée à l'époque maladroite,
est officiellement rattaché à l'évènement
avec beaucoup de souplesse. Toute évolution est théoriquement
possible partout!
Dakar, ce n'est pas Lyon où parait il, l'appropriation
de la biennale par les artistes de la place ne saurait s'attester
que difficilement. A Dakar, une majorité d'artistes conscients
des réels impacts que cela pourrait avoir sur leur travail,
leur carrière artistique, parle de la biennale comme étant
la leur.
Dakar est encore moins Johannesburg
où l'organisation de sa biennale n'a pu se pérenniser
faute d'une relation apaisée, disons de reconnaissance
entre la communauté artistique locale et l'organisation
de l'évènement. Le contexte sud africain peut naturellement
complexifier la chose du fait du vice de forme moral, sociologique,
politique, économique qui y a rendu la vie infecte dans
un passé récent et dont on ressent jusqu'à
présent les effets secondaires dans tous les domaines
d'activité. Espérons que "Transcape"
de Cap Town, qui se veut une grande exposition de l'envergure
d'une biennale se donnera les chances d'aller au-delà
des contradictions qui ont empêché Johannesburg
de prospérer dans ce domaine spécifique des arts
plastiques et visuels.
Si on réfléchit dans le sens de ce qui est devenu
une confrontation dans le milieu artistique entre les institutions
(école de formation, musée, théoriciens,
commissaires) et les faiseurs de l'art que sont les artistes,
la biennale de Dakar saurait difficilement échapper à
la règle. Beaucoup de sous entendus et de malentendus
pas tout à fait dissipés à ce niveau. Qui
doit évaluer qui, et quoi? Qui est en train de faire le
cv de qui? Trop d'artistes sélectionnés pour pas
assez de lieux pour bien accueillir leurs projets. D'où
l'incongruité visuelle qu'a constituée la vue de
cette sculpture "aidée" par des bouts de bois
dans les jardins de l'Ifan. On ne peut pas faire plaisir à
tout le monde. Le travail des "polyglottes généralistes"
que sont devenus les artistes contemporains ne saurait souffrir
d'aucune agglutination. Ce qui se conçoit avec beaucoup
de recul, de liberté et d'ouverture devrait pouvoir être
montré avec beaucoup d'espace, pour se donner les chances
d'être pleinement perçues. C'est d'abord cette condition
qui confère au travail mis en scène un statut de
lieu et de moment d'une possibilité de communication.
Puisqu'on parle de communiquer, que les "commissaires d'expo"
accordent davantage leurs "violons" avec les scénographes.
Tout cela est possible!
Ceux qui viennent d'ailleurs
(théoriciens et critiques d'art, commissaires d'expo,
galeristes, journalistes ou autres) sont importants mais il ne
doit pas y en avoir que pour eux. La pléthore d'évènements
pendant la première semaine de la biennale, période
durant laquelle ils sont à Dakar en atteste. Du coup,
presque tout le monde a des chances de rater l'opportunité
de visiter un bon projet artistique organisé en même
temps que beaucoup d'autres pendant la même période.
Comment faire pour, par exemple, étaler une très
bonne palette d'activités (symposium, workshop international,
présentation de livres écrits sur l'art, vernissage
d'expoetc) tout au long de l'année de la biennale pour
que le quasi désert entre deux éditions ne soit
la règle? La biennale s'organise dans une ville qui porte
son nom, mais une certaine délocalisation ne pourrait
lui être que bénéfique!
Des questions resteront pendantes
quant au caractère que Dak'art devrait avoir de plus en
plus:
- Devrait-elle rester exclusivement pan africaine et réservée
à la production en arts plastiques du continent et de
sa diaspora?
- Devrait-elle s'ouvrir carrément au monde et permettre
à tous les artistes du monde d'y être officiellement
sélectionnés?
- Devrait-elle jouer le rôle que beaucoup de non africains
(souvent en mal d'exotisme et à la recherche de fantasmagorie
primitive) en attendent à savoir "un bastion d'authenticité"
où le reste du monde viendrait puiser une certaine fraîcheur
qu'il est de plus en plus difficile de rencontrer dans la production
artistique issue d'occident?
- Serait-elle transformée en triennale pour faciliter
les aspects organisationnels?
- Aurait-elle un statut plus approprié qui rendrait sa
mission plus efficiente?
Ps: Je viens juste d'envoyer
un message électronique à un ami juif canadien
qui enseigne dans une université coréenne. Il était
très troublé par la tournure que prennent les évènements
au Moyen Orient (bombardements du sud Liban par l'armée
israélienne) et réagissait à une série
de photos (d'enfants libanais tués par l'armée
sioniste) que j'avais reçue et fait circuler à
défaut de pouvoir faire plus.
" Les artistes doivent veiller très soigneusement
sur leur propre complicité dans la tragédie contemporaine,
car plusieurs d'entre nous gagnent leur vie par rapport avec
des collectionneurs riches, qui, dans leurs affaires privées
globalistes récoltent des profits énormes de cette
instabilité et de la destruction.
Ce sont les pauvres qui souffrent et les riches qui rient. Rien
n'est changé dans l'histoire de l'humanité. Il
ne faut pas semer l'inimité entre les peuples. Ce que
les puissants veulent surtout c'est que les gens de conscience
et de pouvoir moral (les artistes) soient divisés par
des différences perçues (de race, de religion,
de nationalité) mais non!
Il faut d'abord le front uni des hommes et femmes de conscience"
disait-il en substance dans son message qu'il avait commencé
en mentionnant le fait que l'on ne se soit pas vu à Dakar
durant la biennale de 2006.
Kan-si
juillet 2006
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