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PortraitKonaté
PORTRAIT
Les gris-gris d'Abdoulaye Konaté
L'homme est chaleureux sans affectation, simple et droit sans
concessions, discret et exigeant, talentueux évidemment
et d'ailleurs reconnu comme l'une des têtes d'affiche de
la création actuelle en provenance d'Afrique. Invité
à titre de référence historique lors du
récent Dak'Art 2006, il y a présenté une
tapisserie toute blanche piquetée de centaines de modules
de laine également blanche, intitulée « Gris-gris
blancs ». Une pièce monumentale extraite d'une série
sur la thématique du gris-gris protecteur si cher à
tant d'Africains. Le rappel sans fioritures, sublime et sublimé,
d'une Afrique toujours impliquée, au quotidien, dans ses
croyances les plus légitimes. L'art d'aujourd'hui n'est-il
pas, d'abord et plus que jamais, un reflet de la société,
de ses fantasmes, de ses drames, de ses espoirs !
« Je suis un Bamana, mais chez nous on ne pense pas à
cette particularité ! ». Né en 1953, Abdoulaye
Konaté est malien et artiste. Ce qui, là-bas, pourrait
presque aller de soi, tant le Mali fut riche en arts traditionnels,
tant il a du répondant au niveau de la création
actuelle. En 1996, Abdoulaye Konaté avait obtenu, récompense
convoitée, le Grand Prix Léopold Sédar Senghor
lors de la première Biennale de Dakar exclusivement réservée
à l'art africain contemporain. Son uvre primée,
« Hommage au chasseur mandé », demeure l'une
des plus belles, des plus poignantes qu'il nous ait été
donné de voir au Dak'Art. Dix ans après, elle demeure
vivante dans les consciences. Peintre et installateur, Konaté
s'est, depuis, taillé une place de choix au faîte
de la création contemporaine et, s'il se fait rare parfois
sur la scène internationale, c'est que cet homme tranquille
et sage mène deux carrières de front. Depuis deux
ans, en effet, il dirige le Conservatoire des arts et métiers
multimédias Balla Fasséké Kouyaté,
de Bamako. Une école très sélective, qui
compte quatre départements musique, danse, arts
plastiques, multimédias et accepte dix élèves
par classe. Konaté n'a jamais chômé. Précédemment,
il a dirigé le Palais de la Culture et les célèbres
Rencontres de la Photo de Bamako. « Ca va »
nous dit-il « j'arrive néanmoins à
trouver le temps pour travailler pour moi, car à l'école
nous avons une équipe qui partage les tâches ».
A la question de savoir si, toutefois, il n'en fait pas trop,
au détriment de sa propre création, il répond,
lucide et généreux : « Oui, parfois je me
pose la même question mais, d'autre part, cela me permet
d'aider les autres ».
Hommage au chasseur Mandé
uvre emblématique du long travail d'introspection d'Abdoulaye
Konaté, « Hommage au chasseur Mandé »
était, à l'instar de nombre de ses pièces
à conviction, constituée d'une suite d'installations
sur un même thème. Un thème ancré
dans la culture malienne « C'est une uvre surtout basée
sur une société qui était arrivée
à conserver une culture très forte, malgré
toutes les influences extérieures. J'ai, en même
temps, essayé d'exploiter la banque de données
que leur tenue de chasseur, presque symbolique, sinon cultuelle,
joue sur des populations qui les respectent infiniment ».
Konaté n'a pas réalisé et ne réalise
pas seulement des installations. « Au début, je
peignais principalement des acryliques déjà emplies
de symboles et de signes. Mes premières installations
datent de 1990/91 mais, parallèlement j'ai continué
à peindre. Depuis deux ans, j'ai quelque peu relâché
la peinture, mais j'y reviendrai. Je continue à faire
beaucoup de croquis de projets qui me passent par la tête.
Je dessine constamment ». S'il ne se connaît pas
d'artistes dans la famille qui auraient pu le guider sur les
sentiers de la création, Konaté se souvient d'un
voisin, artiste autodidacte dont la démarche le captivait
quand il était jeune. Né à une dizaine de
kilomètres de Tombouctou dans une famille de commerçants,
Abdoulaye ne se sent pas d'implications ethniques précises.
« Tout mon travail repose sur un apport culturel. J'ai
travaillé pendant vingt ans au Musée National du
Mali et cette occupation m'a permis de mieux comprendre les phénomènes
de patrimoine et de langage. Des éléments qui,
désormais, me servent et que j'utilise surtout sur un
plan artistique, esthétique ». Bien de son temps,
Konaté ne rechigne nullement à recourir aux nouvelles
technologies. Ainsi, lorsqu'il retravaille à l'ordinateur
ses dessins faits à la main
Art contemporain, mais encore !
« L'éternel débat autour d'un art africain
contemporain, dans lequel le mot africain serait de trop, revient
lors de chaque rencontre. Je pense que nous héritons d'un
fond culturel auquel nous ajoutons un fond universel que nous
utilisons tous les jours. Je pense, moi, que chaque être
possède sa propre identité, sa particularité.
Si tu es franc avec toi-même, c'est cela qui va sortir.
J'ai toujours dit que toutes les appellations caractérisant
les arts africains étaient stupides, des arts sauvages
aux arts premiers. C'est de l'art ou ce n'est pas de l'art, un
point c'est tout. Mais, c'est vrai, les gens ont besoin de références
pour s'orienter, alors ! ». Konaté est tout aussi
explicite face aux artistes qui voudraient se défaire
d'eux-mêmes : « Il ne faut pas évacuer les
valeurs culturelles d'un continent, car c'est une richesse pour
le monde. Sinon, tu écrases toute valeur culturelle que
l'homme peut apporter ». Revenu au Dak'Art après
quatre ans d'absence, Abdoulaye Konaté confie que quelques
uvres nouvelles, inattendues, bienvenues, l'ont arrêté.
Ainsi nous a-t-il cité « Congo, l'ombre de l'ombre
» du Congolais Aimé Mpane qui vit à Bruxelles.
« Des uvres qui doivent être approfondies, mais qui
interpellent déjà. J'ai aussi découvert
des vidéos qui commencent à vouloir dire quelque
chose Et j'en reviens à ce que nous disions, je pense
que le bagage culturel joue beaucoup sur un artiste, qu'il l'aide
à trouver ses repères. C'est une bibliothèque
qu'il a à sa porte. Dans nos pays africains, après
les ruptures du passé et nos indépendances, il
a fallu reformer une banque de données. Mais les structures
souvent ont manqué et, dans de nombreux pays, les artistes
sont alors demeurés sous l'influence d'autres apports
culturels que les leurs propres ». A la question aussi
de savoir comment une uvre d'art parvient à l'intéresser,
Konaté pointe en exergue certains éléments
: la qualité du travail, le contenu de l'uvre et la recherche
synthétique de ce même contenu ». A quoi l'artiste
qu'il est aussi ajoute : « Et je dirais aussi, pour moi-même,
chacun ayant son tempérament, cette valeur esthétique
de l'uvre en bonne complicité avec l'âme qui la
sous-tend ». Enfin, soyons complet, Abdoulaye Konaté,
homme de cur, de savoir et de partage, avoue travailler régulièrement
en musique, lire autant que possible, se nourrir sans cesse de
tout ce que confie le secteur culturel à l'homme d'aujourd'hui
« C'est l'un des objectifs de notre école »,
ajoute-t-il, « nourrir par l'éveil aux différentes
sources de culture » Un beau programme.
ROGER PIERRE TURINE
Abdoulaye Konaté et
Amahigueré Dolo (voir Portrait dans LLC du 22/02/06) exposent
« Chambre malienne » à la Fondation Jean-Paul
Blachère qui soutient les artistes africains :
Centre d'Art, 384 avenue des Argiles, Zone industrielle Les Bourguignons,
84400 Apt. Jusqu'au 30 septembre, du mardi au dimanche, de 14
à 18h30. Infos : 00.33.4.32.52.06.15 et www.fondationblachere.org
Notes
Abdoulaye Konaté
est avant tout un peintre. Il réalise des installations,
dont le résultat visuel reste très pictural - une
mise en trois dimensions de ses peintures. Il a réalisé
une série d'installations sur le thème des chasseurs
du Mandé, dont la manière générale
consiste en un fond de toile couvert de gris-gris de cuir cousus
et peints, et parallèlement, une série d'acryliques
sur papier proposant de nombreuses variations sur le même
thème. Il se sert dans ses installations des objets de
la tradition, comme d'un alphabet qui lui permet d'utiliser un
mode d'expression familier et d'accéder à une expression
universelle. Ses préoccupations portent sur les désarrois
face à l'avenir : la protection de l'héritage ethnique,
culturel et écologique, les conflits (ethniques) en Afrique
et en Europe, les grands problèmes de société
comme le SIDA, la place et le rôle de l'Afrique dans le
monde. Il est un des artistes africains dont l'esprit, le style
et le travail nous sont les plus accessibles.
Formation
Formation :
1972-76 : Institut National des Arts, section peinture,
BAMAKO Mali
1978-85 : Institut Supérieur des Arts Plastiques, LA HAVANE
Cuba
Expositions
collectives (sélection)
1978 - "Jeunes
Peintres du Mali" - Institut National des Arts - BAMAKO
Mali
1984 - 1ère Biennale de la Havane - Exposition collatérale
- Galerie L - LA HAVANE Cuba
1984 - 8ème Biennale Artistique et Culturelle du Mali
- Palais de la Culture - BAMAKO Mali
1986 - 2ème Biennale de la Havane - LA HAVANE Cuba
1986 - "Artistes Maliens et Soviétiques au Palais
de la Culture" - Palais de la Culture - BAMAKO Mali (Avec
Stenka Jacques Samir de Côte d'Ivoire, et Nafogo Coulibaly
du Mali)
1991 - "Regard Croisés" - Musée National
- BAMAKO Mali
1991 - Siège World Bank-Banque Mondiale - WASHINGTON États-Unis
1991 - Association pour la Diffusion de l'Art Plastique Africain
Contemporain (ADAPAC) - PARIS France
1991 - Tsurumoto Room Co : LTD Shibuyo - SHIBUYO KU-TOKYO Japon
1992 - Biennale Internationale des Arts - DAKAR Sénégal
1993 - Biennale Grafolies - ABIDJAN Côte d'Ivoire
1994 - « Otro Pais » - Centro Atlantico de Arte Moderno
- Las Palmas Espagne (exposition itinérante à la
Fondation Caixa, Palma de Majorque (Espagne) et au Palais de
la Vreina, Barcelone, (Espagne)
1994 - « Rencontres Africaines» - Institut du Monde
Arabe - PARIS France
1995 - « Rencontres Africaines » - Caixa General
de Deposito - Lisbonne (Portugal)
1995 - Maison de la Culture - AMIENS France
1995 - Setagaya Museum - TOKYO Japon
1995 - Centre Culturel Français - COTONOU Bénin
1995 - Siège de la Communauté Européenne
- COTONOU Bénin
1996 - « The Other Journey » - Kunst Halle - KREMS
Autriche
1996 - « Rencontres Africaines » - LAON France
1996 - Galerie Pluriel - ABIDJAN Côte d'Ivoire
1997 - Suites Africaines - Couvent des Cordeliers - PARIS France
1997 - « Modernities and Memories », Biennale de
Venise - VENISE Italie
1998 - Biennale Internationale - JOHANNESBURG Afrique du Sud
1998 - Biennale - SAO PAULO Brésil
1998 - Triennale de Kleinplastik - STUTTGART Allemagne
2005 - Africa Remix Düsseldorf / Londres / Paris
Centre Georges Pompidou / Tokyo.
Expositions
personnelles (sélection)
1976 - Maison
du Peuple - DIRÉ Mali
1983 - Le Petit Salon National - LA HAVANE Cuba
1986 - Musée National - BAMAKO Mali
1988 - Galerie GO au Plateau - ABIDJAN Côte d'Ivoire
1990 - « Paysages et Masques II » - Galerie Tatou
- BAMAKO Mali
1992 - Musée National - BAMAKO Mali
1992 - Musée de l'IFAN - DAKAR Sénégal
1995 - Maison de la Culture - AMIENS France
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