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Jean-Pierre de Roeck : KIN la belle, ateliers d'artistes De l'encre à la plume JPDR juin 2006,
Au bout de cette ruelle en
cul de sac, un vieux bistrot un peu démodé, l'Ibiza
bar. Dans le bar, en fin de semaine,
un petit orchestre joue avec entrain des airs de jazz et de rumba
congolaise. A force d'y venir, je connaissais un peu les musiciens.
Je les avais photographiés. J'avais apporté de
l'huile pour le trombone et des anches pour le saxo. Des liens
s'étaient noués. J'étais connu sous le diminutif
de JP, mais personne ne savait quel était mon vrai nom. J'étais probablement
heureux. Ce n'était pas l'alcool, à peine une bière.
C'était peut-être la nuit et la musique qui masquait
l'acouphène. Une épaule me faisait mal. Le bistrot
était exigu et aucun coin n'était confortable pour
s'installer et dessiner. Accoudés au bar, des expatriés
et quelques couples buvaient ou écoutaient, on ne sait
pas trop ce qui les motivaient. Sur la banquette de la petite
salle, face à l'orchestre, un groupe de jeunes européens,
des blancs, tous moins de 30 ans, probablement des volontaires
d'une des nombreuses ONG actives au Congo. Ils se préparaient
peut-être à une nuit blanche dans cette ville ce
soir si sombre, si noire.
Comme souvent venu sans papier, je demandai au bar, pour dessiner, quelques sous-verre en carton, ceux qui sont mis sous les consommations. C'est pour y griffonner à l'encre des ombres, des silhouettes. Le chanteur, Bill, au milieu du morceau, dans un temps mort, entre deux couplets, me voit croquant et clame soudain, sèchement, très rapidement, un «Ji-Pé» net et précis que probablement moi seul j'entends. Bill avait remarqué que je dessinais. Je me tenais presque face à lui à cet angle étroit du bar où passaient les serveurs et les serveuses. Je soulevai la tête et lui répondit par un sourire, comme un pacte. Une des serveuses, Bibiche était attentionnée, si les cartons venaient à s'épuiser, elles en trouvaient d'autres et je continuais à gribouiller dans ce coin où était collé au mur cette affiche de l'expo de Francis, Francis Mampuya, le peintre. C'était l'une de mes photos d'ateliers autour de laquelle Francis avait construit une affiche. Maintenant, il est tard. C'est
le moment de s'éclipser, de rejoindre la voiture, de tenter
de reconnaître Félix car tous diront "Félix,
c'est moi". Rentrer à l'hôtel, saluer le réceptionniste
et vite s'en dormir dans cette chambre climatisée.
Je rentre dans la maison saluer
la maman, mère d'un deuxième enfant, un petit garçon
qui a été dénommé «derouck».
J'étais en Europe lorsque Jean-Marie m'a annoncé
ce choix par un message internet depuis un cybercafé.
J'avais alors tout de suite répondu : «Pourquoi
as-tu donné mon nom de famille ? Il est réservé
à ma descendance: mon prénom, c'est JP, appelle
ton fils JP ou Pierre ou Benoît». Le message était
resté sans suite. Au bout de ces chemins de sable, lorsque je suis arrivé dans la parcelle, tout de suite, Moke fils m'a pris à l'écart et m'a dit «nous ne pouvons pas changer le prénom du petit, tout le monde dans la parcelle l'appelle déjà "derouck", comprenez-moi». Ils sont nombreux dans la parcelle, peut-être 14, 15 ou 18 personnes. En effet, ce n'est plus possible de changer le nom du petit nouveau venu. Résigné mais avec un peu de fierté, j'accepte. Le petit est beau et costaud, bien en chair. La maman, pas très grande, a un visage angélique. Elle est souriante. En septembre, lors d'une visite précédente, elle avait préparé le repas de midi : du poulet accompagné de pundu appelé aussi saka-saka, ce sont les feuilles de manioc pillées avec un petit goût amer d'épinards. J'aime vraiment ce plat. Le tout était arrosé de Skol, la bière qui a du succès à Kinshasa. Moke et Sapin présentent
leur travail. Les toiles en cours aux couleurs vives sont accrochées
aux murs de parpaings gris qui ceinturent la parcelle. Dans une
toile de Moke, plus longue que haute, les personnages à
peine esquissés se précipitent dans un véhicule,
c'est la malédiction du transport. C'est le quotidien
à Kinshasa : en fin de journée chacun cherche à
embarquer dans un taxi-bus et tente de rejoindre sa famille.
Dans la petite cour de sable battu, Moke fils reprend sa place
au milieu de la parcelle devant la toile en cours. Celle-ci est
appuyée, en guise de chevalet, sur une petite table et
un arbre chétif, un citronnier presque sans feuille. Le
siège est celui de son père, un fauteuil de bureau
qui tourne. C'est le seul objet qui lui est revenu. Que lui reste-t'il
de son papa outre les souvenirs de sa mémoire ? Quelques
photos toutes froissées, celles du passage de Titouan
Lamazou et ce tabouret pivotant. Je prends deux photos et dessine
le tabouret. Il fait chaud, humide et chaud, le papier du carnet
de croquis colle sous la paume de la main. Les enfants du quartier
aujourd'hui endimanchés qui passent dans la ruelle, s'arrêtent
et regardent les peintures et ce blanc qui dessine. Des yeux
grands ouverts, des mots susurrés et des sourires chez
ces petits qui sont en chemin. Ce sont des moments en quelques
sortes volés au temps, ni du bonheur car trop de détresse,
ni de la joie car trop de misère mais un petit émerveillement
de voir que le quartier, la rue est le sujet d'une toile, de
plusieurs toiles et que l'on s'en réjouit. Ce n'est pas
rien. L'heure avance. Maître Chéri-Cherin nous attend.
Il est temps de partir et de le rejoindre. D'ailleurs, Chéri-Cherin
vient de téléphoner à Moke fils pour s'enquérir
de notre heure d'arrivée. Nous nous embarquons dans ma
voiture de location, un véhicule tout neuf, bleu métallisé.
Le petit groupe se met en route vers la parcelle du maître.
Un dernier regard vers la maman qu'on laisse dans la petite maison
avec devant elle les jours incertains de son mari artiste. Sapin indique le chemin et
le véhicule s'arrête devant la clôture de
la parcelle où il loue une annexe. C'est une pièce
toute petite, deux mètres sur trois. S'il a voulu m'amener
là, je pense que ce n'est pas tellement pour me montrer
sa modeste chambre où il vit avec son épouse et
son fils «Varsovie». C'est plus certainement pour
montrer au quartier que des blancs passent chez lui et que lui,
le peintre, l'artiste, il commence à être connu.
Il est reconnu et eux, les voisins, ne le sont pas. Nous traversons la route à quatre voies menant à l'aéroport. Le groupe arrive dans le quartier "sans fils" où habite Chéri-Cherin. La rue en terre avec le grand trou plein de boues a été contournée et le véhicule s'est enquillé dans diverses ruelles de sable. Il a fallu manoeuvrer habillement et s'écarter pour laisser passer un gros camion, surplus de l'armée américaine, qui donnait l'impression de ne pas avoir de frein. Le véhicule est arrivé à un embranchement, celui de la grande rue où le maître habite depuis quelques jours. On voit au loin Chéri-Cherin, il nous attend devant sa porte. Il est décontracté, en short et en babouches. Il nous invite à passer le portail métallique pour entrer dans la parcelle. Les toiles des uns et des autres sont là, accrochées au mur pour notre visite comme chez Moke. Le secrétaire de Chéri est également là. Il y a aussi le jeune élève, Trésor Chérin et l'ancien compagnon, le maître Shula. Je ne l'ai plus vu depuis longtemps. Shula habite un quartier difficile d'accès. C'est presque impossible d'y arriver en voiture. Les kinois appellent ce quartier « chine populaire». Ce sont des marécages en bordure du fleuve où on y cultive du riz et où, chaque année, les habitants sont inondés, oubliés de tout le monde. Au milieu de la cour une coccinelle bleu roi, une Volkswagen. Sur le toit, deux phares lui font comme des oreilles de Mickey. C'était la voiture de Moke père et Chéri-Chérin l'a racheté au fils. La Volkswagen, à Kinshasa, dans les années 80, était souvent la première voiture qu'il était possible d'acquérir. D'ailleurs dans ce tableau de 1982 qui est là-bas en France, Moke père a peint cette Volkswagen. Une VW dans la cité s'arrête devant un enfant qui joue au ballon dans la rue. La VW est bleu et derrière, il y a un camion en bon état. Des enfants reviennent de l'école, ils sont bien habillés, leurs chaussettes blanches sont bien tirées. Vingt cinq ans après, Moke fils a pris la relève, les scènes qu'il dépeint, c'est maintenant le chaos, la malédiction des transports, les camions surchargés. Les chaussettes ne sont plus blanches. Nous regardons les toiles de Chéri-Cherin. Sur le chevalet, la toile commandée il y a à peine quelques jours est là. La commande parlait simplement de décrire une ambiance nocturne et voilà cette femme dans la cohue qui traverse la rue. Une dame en pantalon et au chemisier décolleté téléphone dans la nuit au milieu du brouhaha, de l'embouteillage et des bagarres, celle des "shégues", les enfants des rues, et des policiers. La toile s'intitule «Kinoiseries, clochardisation d'une génération». La belle et ses ongles vernis et ses bijoux et son jeans moulant est toute préoccupée de téléphoner à un ami, à un amant, sans s'occuper de ce qui l'entoure. Chéri-Chérin proclame «je veux à nouveau épater les amis de l'association des peintres populaires et je leur réserve encore une surprise ». Sa toile sera dans 3 jours au vernissage d'ouverture de la galerie «Agab», la galerie que Maître Bodo ouvre avenue Kabinda. La rue n'est pas loin du centre ville, les amateurs pourraient peut-être bien pousser jusque là. La cérémonie d'ouverture, c'est ce mercredi. J'y serai. Chéri-Chérin
tient un bout de tissu et de l'ouate molletonnée dans
sa main. Le voilà qu'il inclut des collages et se démarque. Chéri Cherin a le dos ramassé, le crâne rasé et une moue des lèvres un peu agressive comme un chasseur aux aguets. Le regard va de gauche à droite. Quand il parle, c'est lentement et d'une grosse voix. Les mots s'enchaînent dans de longues phrases et il est écouté. Shula, tout maigre, est souriant. Les élèves sont là et savent ce qu'ils ont à faire pour aider leur maître. Ces peintres matent la ville, la nuit, les transports et transforment ce chaos kinois en images. Chéri vient récemment de déménager. Dans son ancienne parcelle, les murs de clôture étaient constellés de touches de couleur. Elles marquaient les contours de toiles qui avaient été tendues à même les blocs de ciment. Il y avait un grand arbre, un vieux manguier à la houppe généreuse. Il donnait de l'ombre aux élèves. Chéri Cherin, c'est le maître, comme autrefois, il y a très longtemps, à Bruges ou à Gand. Et puis Chéri m'appelle et m'invite à l'intérieur de sa demeure, la chaleur est moite, aucun courant d'air, rien. S'il m'a ainsi convié, c'est pour parler du prix de la toile en cours, il me faut négocier, c'est la règle. Les conditions "météo" ne m'avantagent pas, je lui dis que c'est encore prématuré, que la toile est loin d'être finie, etcetera. Mais il faut conclure et nous convenons d'un prix pour la toile finie. Je lui donne une avance. Retour au soleil, dans la parcelle,
je photographie les amis. Dans un coin du terrain, le secrétaire
remplit des papiers avec Sapin, Moke et l'élève
Trésor, c'est une candidature pour une exposition à
l'étranger, une nouvelle tentative. Devant les toiles
des uns et des autres, chacun y va de son commentaire. Et puis
à la demande de Chéri Cherin, Sapin imite Mobutu,
en français, en lingala, c'est un grand éclat de
rire.
La nuit va bientôt tomber, comme ça, d'un coup comme chaque soir sous l'équateur. Ici, il n'y a pas ce moment où la lumière hésite, où l'on voit la journée se terminer, où les ombres s'allongent, où l'on s'apaise. Ici, c'est brutalement du soleil à la nuit et toujours la chaleur. Je demande à prendre la route, par petits pas, je demande à m'en aller. La pénombre s'épaissit, il est temps de repartir. Je remonte seul dans la voiture. Les amis, Moke fils et Sapin, restent chez le maître. Sur le grand axe, le trafic est plus que jamais emmêlé. Le long du boulevard de Limete, une avenue à quatre voies, les «foula-foula» jaune, rouge, orange aux fenêtres découpées dans la tôle roulent, progressent dans des mouvements browniens. Ils avancent, s'arrêtent, repartent. Les aides-chauffeurs debout en équilibre sur un reste de pare-chocs se retiennent aux petites gouttières des antiques combi Volkswagen. A chaque arrêt, ils crient inlassablement la destination et tapent sur la carcasse du véhicule pour annoncer le départ. L'air est gris-bleu, c'est un mélange de fumées d'échappement de véhicules en mauvais état et de poussières. Le brouillard est percé par les phares blancs des véhicules. Parfois un camion avec une seule lumière apparaît tel un cyclope. Les échoppes des petits commerçants s'installent le long des rues et des avenues. Les lampes à pétrole s'allument. De longues bandes ne sont plus éclairées. On parle de coupures mais c'est le délestage. Il n'y a que le scintillement des petites flammes qui éclairent des devantures faites de quelques planches. On déleste partout, tout le temps, pour l'électricité, pour l'eau, pour les repas en famille. Au volant, dans la lente cohue du boulevard encombré, je songeais. La vie, c'est probablement trois choses : la joie d'être en vie, l'amour et la liberté. Mais chacun à son tour en est délesté petit à petit jusqu'au délestage final, sans rémission. Depuis longtemps, je savais que l'amour est fulgurant. Je n'ai plus la liberté ou à peine. Et pour la vie, une mélancolie vient en émousser le goût chaque jour un peu plus. Fatigué, je rejoins l'hôtel, le Grand Hôtel, de l'autre côté du Boulevard du 30 juin. Ce boulevard, c'est comme un no man's land, une frontière, un fossé qui séparerait d'un côté l'énergie, la débrouille et l'effervescence de la cité et, de l'autre côté, les restes d'un monde éthéré, un monde où tout irait bien. Un monde où chacun se persuade que tout va bien en entrechoquant les verres de «long drinks» les samedis soirs dans de grandes villas où les pas résonnent. Mais aujourd'hui, ces maisons sont entourées de murs surélevés à de nombreuses reprises, à chaque période de trouble. Plus rien ne va. Les verres qui se cognent, sonnent creux et les ambassades ne résistent plus. Au-dessus des murs déjà maintes fois rehaussés, il a été ajouté du fil de fer barbelé et puis il a été électrifié, quelle sera la prochaine étape? Au Grand Hôtel, ma chambre, c'est la 824. C'est là que je demande toujours à rester. La grande baie vitrée donne sur le fleuve Congo, cette énorme masse sombre qui avance sans répit, pour s'engloutir dans les rapides à la sortie de la ville. Un pécheur sur une longue pirogue flotte dérisoire. En face, c'est Brazza, comme une bourgade de Kinshasa, avec ces bâtiments éventrés par les obus. Ce sont les deux capitales du monde les plus proches, à peine une encablure mais tellement de difficultés pour passer de l'une à l'autre. Seul dans cette chambre, au
8° étage, dans la moiteur, face au fleuve, je suis
las, sans énergie. Se déshabiller, enlever cette
chemise collante, prendre une douche. Il faudrait charger sur
l'ordinateur les photos numériques prises dans la journée,
écrire quelques notes pour se rappeler ces moments. Mais
rien, pas moyen, difficile de reprendre souffle, je suis fatigué
de cette traversée de la ville. Je traîne après
la douche dans la chambre qui est pourtant climatisée,
j'allume la télé, par dépit. Un programme
à la noix, j'arrête, je coupe. Je me demande où
aller manger. A midi, c'était un sandwich. Ce soir, où
aller ? J'irais à nouveau là-bas, au "Baobab",
ce restaurant camouflé au milieu des villas à la
N'gombe, le long de l'avenue de la Justice. J'y suis déjà
venu quelques fois. Ce n'est pas loin du Grand Hôtel. Le
patron, un ingénieur frigoriste congolais, s'occupait
de maintenance dans les hôtels de la chaîne Intercontinentale.
Il s'est reconverti et a ouvert ce restaurant. A la cuisine,
c'est son épouse, une petite dame d'origine mauritanienne. En attendant l'arrivé de la commande qui tarde, je suis songeur, absent. Le journal reste plié sur le coin de la table. Le service est lent. C'est dimanche, je commande «un mazout», «un whisky coca». J'ai fais un dessin chez Jean-Marie Mossengo, Moke fils. Un dessin, pas plus, et c'est le seul que j'aurais fait de toute la semaine. Ma pensée divague et je me rappelle ce dessin fait chez Sim, il y a peut-être plus de deux ans. Chez Sim, c'est un tout petit
bâtiment le long d'une avenue bruyante et toujours embouteillée,
l'avenue Bokassa qui mène au grand marché. Une
construction comme il y en a de nombreuses à Kinshasa.
C'est l'atelier de Sim Simaro, celui qui se désigne prophète
de la peinture populaire. Il a peut-être raison car il
en était l'un des précurseurs. Sim et moi, nous
nous connaissons depuis plus de 25 ans. Sim a toujours peint.
A quelques mois près, nous avons le même âge.
Est-ce cela qui nous lie ? Je me rappelle ainsi songeur les émotions croisées entre Bill Kouélany, Francis Mampuya, Sim Simaro et ce petit dessin. Nous sommes ainsi mêlés dans ce tableau aujourd'hui dans la petite maison de Francis, dans la pièce principale au-dessus d'un petit meuble rempli de livres d'art, de peintures. Au restaurant le Baobab, les musiciens arrivent. Ils sont parfois quatre. Mais plus souvent, ils ne sont que deux, un guitariste et un chanteur. Le chanteur s'appelle Rodriguo. Il n'est pas de grande taille, il boîte. Son nom indique qu'il est peut-être originaire d'Angola. Il chante d'une voix douce et délicieuse des airs de jazz ou des chansons kinoises en rythmant la mélodie de la frappe de deux petits bouts de bois sonores. Comme un rituel, chaque soir, ils passent à deux, plus rarement à quatre et vivent de ce que les clients du restaurant leur donnent. Je termine le repas. Coupure du courant, un nouveau délestage, des bougies sont allumées. Les musiciens s'en vont. L'addition est réglée dans l'obscurité et je rentre à l'hôtel. Comme convenu à la sortie du restaurant, le gardien s'approche, je le paye. Il me demande avec empathie si j'ai vu les musiciens. En guise de réponse, fatigué, je lui demande par provocation «connais-tu Wendo Kolossoy ?». Sans hésitation, le gardien me répond «Oh oui, j'habite dans son quartier» et il me donne l'adresse avec précision. Après un arrêt et un instant d'étonnement, de surprise, je note sur un bout de papier l'information. Déjà je regrette d'avoir été provocant, je me sens ridicule. Comme cela, par hasard, le gardien a donné un renseignement difficile à trouver. C'est ainsi à Kin, tout le monde connaît tout le monde. Demain, je rentre en France, c'est le retour. Le temps presse, la valise est à boucler. A la prochaine mission, j'essayerai d'aller à cette adresse, chez ce grand musicien des rumbas d'autrefois et à nouveau à la mode en Europe, nostalgique des airs du passé. Il est tard. Il faut rentrer, plier les affaires, empaqueter. Je manoeuvre la voiture et m'enfonce dans une nouvelle nuit noire de Kin la belle.
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