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« J'ai rencontré
des artistes outrés ». Roger-Pierre Turine
plus question de gloser
sur les ratés d'une Biennale avortée. Puisse celle
de 2010, nulle et non avenue. Enfin libre et responsable, le
Dak'art à venir se doit de rectifier le tir, vite et bien.
Je ne voudrais toutefois pas clore le chapitre de nos récriminations
sans pointer du doigt d'insoutenables, insupportables, égarements
de parcours. Des écarts indignes de tout événement
qui se respecte et plus, encore, respecte ses chevaliers servants.
Quatre exemples me serviront d'exutoire. Grand prix LS Senghor
avec Ndary Lô, Mansour Ciss a vu son installation « Le
laboratoire de déberlinisation » amputée
aux trois-quart de sa raison d'être un dialogue entre l'art
et la rue. Réduite à un rôle postiche dans
l'enceinte du musée, son oeuvre a manqué sa cible
populaire dans les rues de Dakar faute d'obligeance des organisateurs.
Les cinq témoins d'horreurs récurrentes de Freddy
Tsimba, « elles viennent de loin » ont
été contrariées, vidées de leur suc
et urgence, par une mise en scène totalement contraire
aux desideratas d'un artiste (photos à l'appui de ses
consignes) qu'on cru bon d'inviter à la fête deux
jours après son inauguration.
Présenté comme un vulgaire facteur de tableaux,
Ibrahima Niang avait prévu une installation autrement
dynamique et réflexive, multimédia et contemporaine
qui, si elle fit les délices de sa participation à
l'exposition de la gpoa de Bruxelles aux 4 Vents, amputer sa
participation à l'exposition internationale d'un prolongement
indispensable.
Enfin, comment taire cet affront fait à la jeune auteur
de la moitié des biographies du catalogue, amputée
à son insu, par une main indigne, de sa vérité,
cette écriture qui lui ressemble et pour laquelle elle
avait été invitée à se donner corps
et âme en un temps record. Un crime que cet acte barbare.
Et ça, Ndeye Rokhaya Gueye ne le méritait pas.
Pour tous ces faits de lèse-majesté, j'exige réparation !
« La parole de l'homme
en marche ». Pierre Jaccaud
Dans l'immobilité,
à l'ombre de l'Institut français, nous avons échangé
avec Ndary Lô. L'artiste est un sage. Rien n'est gratuit
dans ses choix et son parcours est en phase avec l'histoire de
l'art.
La lumière du matin à Gorée et le chant
des oiseaux sont immuables.
Nous mettons un terme aujourd'hui à l'atelier en désignant
les lauréats.
Bon vent !
Mercredi 14 mai 08
Moulim EL Aroussi
La rencontre avec Ndary Lo était pour moi un moment important.
J'ai apprécié la lucidité de l'artiste qui
se démarque avec beaucoup de maîtrise du folklore
sans toutefois renoncer à la tradition. C'est l'exemple
même de l'artiste contemporain qui tout en s'inscrivant
dans la démarche universelle recompose inlassablement
son oeuvre à partir d'éléments locaux. C'est
l'une des rares fois où j'ai eu l'envie d'écrire
sur un artiste après l'avoir écouté. Je
suis souvent sceptique concernant le discours des artistes sur
leurs oeuvres mais là j'ai senti que j'étais devant
une véritable démarche contemporaine.
Le soir je suis allé à l'exposition performance
de Diba ; son oeuvre tente une réflexion sur le nombre
et il traite cette problématique au moyen de l'accumulation,
de la répétition et de l'automatisme. Dommage le
lieu n'était bien adapté à ce genre de manifestation,
l'exiguïté de l'espace n'a pas permis l'interactivité
normalement indispensable dans ce genre de travail.
Après un passage dans un foutoir officiel nigérian
je suis allé, en compagnie de Rokhaya et Christine voir
l'installation de Dicko. Je crois que ce garçon n'a pas
encore pu profiter de sa propulsion dans le monde de l'art contemporain.
Il lui faudra apprendre à réfléchir au lieu
de rester sur l'émerveillement devant la trouvaille et
l'anecdote.
Mercredi 14 mai : j'évoquais hier la vidéo
Biko's Children que Christine, Raphaël et moi avions
cru réalisée par la Sud-africaine Sonya Rademeyer,
tout simplement parce que cela était indiqué sur
le cartel placé à l'entrée. En regardant
cette vidéo, je ne savais pas qui en était l'auteur
hormis qu'il était sud-africain. Mais j'étais intimement
convaincue qu'il ou elle était noire. C'était pour
moi d'une telle évidence que je ne me l'étais même
pas formulé.
Ce n'est que le lendemain en discutant de ce travail qui m'avait
bouleversée avec Christine et Raphaël, que j'apprends
que l'artiste est blanche. Cette information me perturbe quant
à mon regard sur une oeuvre et quant à ma manière
de l'appréhender. Je m'interroge sur les raisons non objectives
- totalement liées à l'émotion que la vidéo
a provoqué en moi - qui m'ont convaincue que l'artiste
était noir.
Je reste sur ce malentendu.
Le soir je retrouve Christine qui m'apprennent que nous avions
été induits en erreur par le cartel et que l'artiste
- blanche - à laquelle nous avions attribué l'uvre
sur Biko l'a informée qu'elle n'enétait pas l'auteur
et que l'artiste qui l'a réalisé est bien noir.
Je me sens soulagée. L'émotion succitée
par Biko's Children remonte.
Ce malentendu pose la question épineuse des cartels et
des informations diffusées sur les artistes dans le cadre
de la biennale et sur leurs conséquences.
Virginie Andriamirado
Son nom Ngoor
Ngoor est un patronyme
dés lors impersonnel puisque que ça désigne
tout le monde et pas quelqu'un en particulier. Lorsque nous devons
par exemple interpeler quelqu'un que nous ne connaissons pas
dans la rue nous disons par exemple « monsieur ».
Ngoor est aussi dans le vocabulaire populaire sénégalais
l'équivalent d'un « gaillard »,
un bonhomme.
Ngoor de son vrai non Ablaye Niokhor Bob incarne beaucoup de
sagesse. Du haut de sa trentaine il en parait tellement plus
vieux. Et dés qu'il s'agit de son travail, il devient
hermétique et se braque.
Discours sur un discours ! Redondance !
Il ne sent pas non plus le besoin de donner des titres à
ses oeuvres.
Son travail plastique est axé autour d'une quête
de la vérité de l'être, de la vérité
de soi. Il peint sensiblement la part humaine et animalière
qu'il ya en chacun d'entre nous et qui détermines nos
conduites de tous les jours. Il peint aussi par nécessité
spirituelle et existentielle. Le fait de s'adonner à une
pratique artistique est un prétexte pour une élévation
spirituelle.
L'artiste se sent si seul, il ressent une profonde solitude,
ce qui est vrai
La démence est le sujet privilégié de son
oeuvre.
Ndeye Rokhaya Gueye
Dakar le 14 mai 2008
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