Journal de bord
Atelier Critique, île de Gorée, Mai 2008

Humeurs du Matin (3)

 

« Un billet court et une pensée longue »
A présent, nos sommes immergés dans le déroulement de la manifestation. Voir encore voir, chercher des oeuvres, des artistes comme ans un jeu de piste. Dakar, un jour férié. La circulation facile, fluide comme mes pensées. Je me laisse porter entre les dessins graciles de Figueira et ce fébrile de Jems Kokobi. Suivre la ligne dans un exercice de reconstruction mentale, faite d'images fugitives, de fragments de vision où se mêlent des bruits, des paroles. La ville est devenue un dispositif où l'imaginaire l'emporte sur la réalité. Au sein de ce rhisome un poète sorcier Johakam ritualise le monde de l'art. Drôle d'expérience !
Comme dans un jeu, à force de la pratiquer on se familiarise avec les possibles. Demain, il sera temps de conclure et de désigner les lauréats.
Pierre Jaccaud

 

Je laisse à l'explorateur le soin de découvrir la nouvelle tendance africaine. L'artiste émergent. Cette perle rare du Off, avant qu'il ou elle n'intègre le réseau et ne prenne de la valeur sur le marché.
La visite du Off est une affaire. Un safari d'images, une quête de sensations, qui trop souvent se solde par une déception.
Ne reste qu'à jouer la carte de la subjectivité. Pour moi, l'exercice consistera en une lecture du visuel; en une immersion dans l'image officiellement offerte.
Avec le regret de ne pas avoir trouvé, pour l'heure, une « contre-narrative ». Celle de l'artiste ou de l'oeuvre, hors de la tribune institutionnelle, qui donnerait sens à une avant-garde dite africaine.
C. Eyene
13 mai 2008

 

« L'imagination au pouvoir »
je ne viendrai jamais à Dakar sans passer dans la cour d'Isa Samb ! Cour magique aux accents ancestraux revus et corrigés par une scénographie à la fois hors du temps et pourtant pétrie dans l'actualité des aléas quotidiens. A peine entré, l'accueil est balisé entre un acacias acerbe de toutes ses dents et ce tableau d'écolier aux quelques traits à la craie blanche : « Morale -première leçon : « Il est interdit d'interdire » ». je me revois alors étudiant rebelle aux leçons magistrales, émoustillé par les slogans d'un mai 68 qui nous offrait enfin une politique à dimension humaine. Les temps ont passé, le poil blanchi et la mine plissée, je n'ai rien perdu de ces enthousiasmes débutants, eussent-ils été étouffés dans l'oeuf. Sarko n'a rien compris ! Toujours est-il que la cour d'Isa et son maître de céans me sont devenus havre obligatoire en des temps où l'interdit et le mépris, les potentats, l'emportent avec arrogance.
Un des slogans d'une époque certes révolue était aussi « L'imagination au pouvoir ». Et celle-là je l'ai compris, dénichée dans l'une des rares expos du Dak'art 08 à sauver, du naufrage collectif. Signée « Bottle boys », l'invitation était simplissime et d'autant plus créative, inspirée, confondante.
Entre art et design, artisanat et récup' intelligente. Une création de luminaires au départ de trois fois rien (ce qui est déjà quelque chose !) : des bouteilles de plastoches évidées d'un contenu qui aurait préalablement et utilement rafraîchi les esprits. Et la lumière fut ! S'en être venu au Dak'art de la honte n'aura pas été vain !
Heureuses retrouvailles aussi. J'avais perdu de vue, tout en regrettant, la forte stature énergique, chaleureuse et musicale, de Tchalé Figueira, peintre et tambourinaire du Cap Vert. Il m'avait plut en 19096 et 1998, avec ses toiles colorées, bien campées, allusives et symboliques. Or, surprise, revoici le géant des îles aux cimaises de l'ancien Fougerolles. Toiles et dessins. Reflets d'un imaginaire sans limites, libre de toute convention, expression d'une mythologie personnelle empreinte de mystères, d'évidences voilées, de fantasmes cosmiques, de sagesse rythmée.
Retrouver Figueira m'a ravivé un moral éconduit. Grâce à lui et à quelques autres, mon Dak'art 08 n'aura pas sombré corps et âme.
Saisie au vol une chance que je savoure. Faute de découvertes, pourquoi ne pas se contenter aussi d'heureuses retrouvailles !
Roger-Pierre Turine

 

« Le dur désir de durer »
sans offrir une palette exhaustive de la création africaine, la Biennale de l'art africain contemporain a eu le mérite de poursuivre son chemin. Même en titubant. Les grands balbutiements sont inhérents à toute entreprise qui guette un grand destin. Cette fête des arts visuels s'inscrit dans cette volonté de vouloir hisser le continent au-dessus de lui-même en le mariant avec son bouillonnement imaginatif. Point de départ d'une renaissance, défis de rupture tous azimuts. Voir toutes les propositions africaines, à partir de l'Afrique, leur donnent une âme encore plus éclatante de vie.
D'où le nécessaire maintien en vie de la Dak'art. qui doit forcément redresser la barre, être apte à varier autant que possible les espaces contemplatifs, par une sélection vraiment digne de ce nom. Les oeuvres présentées doivent refléter tout ce qui se fait de bien sur le continent.
Cela passe par toute une stratégie consistant à transformer sans cesse le rêve en réalité.
Fortuné Bationo

 

Goree Institute 12/05/08

The misrepresentation of the forgotten Southern African Countries should be addressed for South Africa' dominance is now quationable. It looks as if there is nothing happening in other parts of Southern Africa in term of African Contemporary Art. Countries like Botswana, Democratic Republic of Congo, Mozambique, Kenya, Tanzania Zambia and Zimbabwe have become the forgotten countries at the Dakar Biennale. The quation here is, is it because of the problems in that part of Africa? Artists in Southern Africa remain silenced and the dominance of South Africa is of great concern in the region.

Looking at this year's Dakar Biennale theme, "Mirror" , the quation here is does it Mirror the past problems and difficulties it has been facing all these years? One cannot deny the criticism the Biennale has faced since its inception but there there is need to revisit the past criticism and move forward. There is no need to ignore all the problems facing the Biennale in terms of Funding. The organisers should understand that, one can only grow through criticism. Arguable being the only Biennale surviving in Africa, Dakar's beuty and friendliness is an advantage to Senegal and there is need to built on it. The death of the 2nd Johannesburg Biennale has places the Dakar Biennale in a better position.
Raphaël Chikukwa



Moulim EL Aroussi
Mardi 13 Mai 2008-05-13
Le groupe semble encore indécis sur les artistes à proposer ; une discussion matinale a abouti au fait qu'il faudrait encore explorer les lieux d'expositions. Accumuler les échantillons et espérer une surprise heureuse.
A Dakar on s'est scindé en deux groupes pour essayer de vaincre la difficulté. Première exposition première rencontre positive. L'exposition est bien arrangée, le lieu n'est pas convenable mais tous les moyens ont été mis en oeuvre pour la réussite de l'exposition. Les travaux sont corrects, on sent la maîtrise des moyens et de l'expression. Il y a suffisamment d'oeuvres pour pouvoir juger le travail de chaque artiste ; Je sors avec au moins deux artistes à proposer aux délibérations.
Deuxième station : La grotte d'un monsieur très connu à Dakar. Un lieu de réclusion volontaire. Un fou que la Cité tolère en son sein et qui, me semble-t-il, organise bien sa folie pour mieux la théâtraliser. Son « foutoir » ressemble au dépotoir de l'Inconscient humain où rien n'est soumis à la logique du sens. Un vrac symptomatique d'un moment de l'histoire de l'humanité ; la notre. L'homme, me dit-on, est sage et manie, avec dextérité, le Verbe. Je ne l'ai pas rencontré, mais chez lui j'ai eu l'impression d'être en présence de l'esprit d'un chef de société secrète. Jusqu'où ira l'art contemporain en Afrique ?
A la galerie Arte nous avons rencontré Viyé Diba, profondément plongé dans sa problématique de base en ne se lassant jamais de l'approfondir.
Dans une villa à l'autre extrémité de la ville nous avons eu l'occasion de voir un ensemble d'oeuvres mais seul un photographe se détache du lot.
Pour tout dire les rencontres d'aujourd'hui ont été positives.

 

« Ce matin »
« Choisir quand délicieusement écartelé », en ce début de 21 éme siècle entre des tendances et des courants artistiques contemporains, mondiaaux et africains en crise de support et d'identité.
Choisir entre des discours d'artistes dont les uns font de plus en plus appel à la production industrielle, technique et technologique, alors que les autres intègrent les images et les matériaux de la culture populaire.
Choisir, quand nous ne sentons plus le geste, l'astuce graphique à cause d'une distance qui se sera érigée entre l'auteur et l'oeuvre parce que pour lui l'idée aura primé sur la réalisation de l'oeuvre.
Choisir quand, malgré tout, d'autres tentent encore de renouer avec le geste à travers le dessin premier langage universel et moins sophistiqué que la peinture et la vidéo.
Choisir parmi des oeuvres marquées chacune par un contexte social, politique, économique, environnemental et culturel mais partageant une même contemporanéité et réunies dans le même espace historique.
Choisir dans une ambiance de biennale marquée par de légitimes contestations.
Choisir pourtant parce que nous sommes investis d'une mission.
Choisir aussi parce que nous croyons au renouvellement d'une énergie créatrice porteur de nouveaux valeurs et vecteurs esthétiques.
Ndeye Rokhaya Gueye
Dakar le 13 Mai 2008