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« Forcer le regard ! »
Roger-Pierre Turine
Soyons positifs. Résolument.
Envers et contre tout. La Biennale 2008 a failli. Sur toute la
ligne. Comment en douter ?
Réflexion avortée, sélection bâclée,
scénographie rapiécée, oeuvres à
peine salées N'en parlons plus. C'est trop triste. Alors
on oublie. Que cela ne nous empêche toutefois pas de penser
que, dans cette biennale sans odeur, quelques pièces ont
quand même émergé.
D'accord, point de découvertes. Pas la moindre. Faudrait-il
pour autant refuser les louables confirmations d'artistes déjà
reconnus ?
Faute de grives, dit le dicton, mangeons des merles ! Après
tout, il y a de quoi se réjouir quand des créateurs
qu'on avait autrefois salués confirment ou affirment,
développent tout le bien qu'on en pensait.
Pas de nouvelle têtes ? Alors va pour les têtes couronnées.
Elles nous auront quand même sauvé notre biennale
de Dakar.
Il y a Ndary Lo et sa « Forêt verte », impressionnante,
élancée, fière dans une débacle écologique,
annoncée. Miroir d'une Afrique qui, tel un monde déboussolé,
se meurt dans l'horreur des déforestations éhontées
?
Il y a Jems Robert Kokobi et le doigt mis sur nos plaies vives
: les massacres au Darfour épinglés au travers
des sculptures aux tensions exacerbées ; l'histoire aussi,
sans cesse ravivée, d'égarements négrierstoujours
d'actualité.
Il y a Freddy Tsimba. Mal scénographié, le pauvre
et cher Freddy qui n'a pas son drame en poche et le crie : douilles
de guerre, fourchettes et cuillères d'une faim sans fin.
Il y a Guy Wouete, vidéaste miroir de questions lancinantes
autour des potentats qui nous gouvernent.
Il y a Soly Cissé, ses grands dessins qui fouillent nos
imaginaires, nos angoisses ; ses vidéos installées
comme autant de petits miroirs mobiles de nos trop grands écarts
de vie.
Il y a Ibrahim Niang, dit Piniang, qui réfléchit
la ville concentrationnaire et tragique, expéditive et
canonique. La ville miroir d'utopies cinglantes !
Il y a, il y a Je sais. Ceux là vous les connaissez. Salués,
primés, félicités, congratulés. De
longue date. Mais, bilan positif, ô combien, leur voix
ne s'atrophie pas, ne se gonfle pas d'auto-satisfactions, ne
se réduit pas au silence des valeurs, des vigueurs taries.
Alors oui, saluons les encore. Puisqu'il le faut. Puisque leur
relève se fait attendre.
Et patience ! Qui sait si demain, ou tout à l'heure déjà,
un jour neuf ne nous encouragera pas à reprendre notre
bâton de pèlerin, en quête de nouveaux inédits,
de nouvelles identités.
Courage et détermination. Ouvrons l'oeil et le bon.
« Le souffle de Dimé
». Virginie Andriamirado
Du 10 au 12 mai, dans
le cadre de Regards sur cours à Gorée, les
jardins et les cours de l'Ile se transforment en ateliers à
ciel ouvert où les artistes de l'île et d'ailleurs
exposent leur travail. C'est l'occasion de pénétrer
dans l'atelier de Moustapha Dimé, habité depuis
sa mort par son ancien élève le sculpteur Gabriel
Kemzo Malou, récemment rejoint par son épouse Isabelle
Blanche.
Pénétrer dans l'atelier de Dimé, isolé
sur les hauteurs de l'île, c'est entrer dans un univers
habité par l'âme du sculpteur trop tôt disparu
mais aussi dans un espace de vie recréé par Gabriel
Kemzo Malou et son épouse.
Ce dimanche 11 mai dans l'atelier de Dimé, les élèves
du cours de cinéma expérimental animé, avec
les moyens du bord (une caméra pour une classe de 50 élèves),
par Isabelle Blanche à l'école des Beaux Arts de
Dakar, présentent les films qu'ils ont réalisés
dans le cadre de leur formation. Onze films diffusés en
boucle montrent les premiers essais - prometteurs pour certains
- des élèves confrontés pour la première
fois à la caméra.
Un souffle joyeux traverse l'atelier de Dimé. Autour de
ses sculptures, les étudiants racontent leur première
expérience cinématographique qui contribue à
nourrir leur expérimentation plastique. Lieu de vie mais
aussi lieu de résidence d'artistes en partenariat avec
la structure américaine FreeDimensional plattform, l'atelier
de Moustapha Dimé résonne ce dimanche 11 mai de
l'enthousiasme des étudiants de Beaux-Arts. Dans l'air
un souffle léger.
Dimé n'est plus mais son atelier vit, son oeuvre rayonne
et son souffle reste.
Christine Eyene
Se pourrait-il que
l'éducation de l'oeil ne soit anesthésiant. Que
le regard savant ne puisse dorénavant accéder au
stade de l'émoi que par la surenchère du sens,
de l'esthétique, de la technicité, de la complexité,
de la subtilité de l'oeuvre d'art. Oeil blasé parce
qu'averti. En conséquence, oeil trop exigeant.
Doit-on brader notre savoir sous prétexte que nous sommes
"Afrique". Chez nous, parait-il, la critique d'art
ferait défaut, le commissariat artistique n'en serait
qu'au stade embryonnaire. Les artistes africains, quant a eux,
sont des centaines, des milliers
Pour mon oeil, perverti par
la science non-exacte, les lauréats sont tout autres.
« Dans l'île, la lumière
du matin ». Pierre Jaccaud
Discussions, écritures
et visites sont au programme. « Regard sur cour »
est une manifestation qui amène beaucoup de monde, de
curieux La navette débarque des flots de visiteurs. Immergés
dans la foule, nous découvrons la maison de Madame Crespin
et la 11e installation de Soly Cissé ayant pour thème
évidemment l'esclavage ! Trop de tout, des bijoux, vidéos,
voilages Le trop de signes noie le signifiant. Pour le reste
une multiplication de lieux et l'intérêt d'entrer
là où d'habitude on trouve porte close ! Le pèlerinage
qui conduit à l'atelier de Moustapha Dimé passe
par un chemin bordé de peintures souvenirs. Le syndrome
de Montmartre s'exporte. Je croise une femme européenne,
un tableau sous le bras et un sac en bandoulière portant
le sigle de la Documenta de Kassel Troublant !
Accueillie par l'épouse de l'assistant de Dimé,
je tente de m'imprégner de l'atmosphère du lieu
en vue de la prochaine scénographie. La tête me
tourne, le balcon sur la mer est rempli d'énergie. Au
bout de la désolation, les riens abandonnés, la
vacuité de nos égaux. Cet espace métaphysique
exténué cloue le visiteur en son centre. L'équipe
de Canal + Horizons nous accompagne. Leur présence filmique
est remarquable de simplicité. La table critique s'ouvre
à l'heure, 16h. Cette initiative improvisée a amené
quelques visiteurs. Nous débattons, l'équipe est
solidaire. Le souffle de la brise côtière balaie
les mauvaises pensées
Foundation Blachere
Dakar Biennale 08 OFF 10/05/08
Raphael Chikukwa
From our visit into the off
exhibition, personally I fill it was not impressive all in terms
of quality. Seeings artists hanging their works after the opening
is not a new thing at the Dakar Biennale and it should not be
acepted at all at this day in age. As we all learn from our mistakes,
the Dakar Biennale organisers should revist the past and readdress
some of this concerns. By keeping on repeating the same mistakes
Africa is sending a bad signal to the international Art world,
for Africa must reclaim itself in the international art community.
Some places were not suitable for the exhibitions to be there
and the quality of the work is quationable.
At the Centre Socio - cultural
du Point - E a young artist Barkinado Boccum was still hanging
his work. Barkinado's collage piece was very impressive in terms
of creativity, exacution and presentation although some of his
work was not good, a selection of what should be exhibited could
have made a difference at the Centre.
The visit to Musee Boribana
is an impressive space owned by a local Senegalese and it is
one of the private owned space, which could be like other spaces
like Linda Goodman in South Africa. Musee Boribana's collection
does not reflect the beauty of the space and with a bit of Curated
shows it could make a big difference.
Goree Institute 11/05/08
Realizing the weakness of the
Dakar Biennale as part of the Art Critic from the Foundation
Blachere my concerns are as follows.
1. Revisiting the previous
Biennales from 2004 and 2006, I thought the Dakar Biennale 08
was going to take off from Yocouba Konate's approach but it took
a step back.
2. The lack of continuation
is of great concern today if ever Africa is going to reclaim
its place in the International Contemporary Art World.
3. The other issues of great
concern are the lack of technical team to hang the exhibition
in time. An investment into a technical team and time to hang
the show would really make such a big difference and would also
complement the work by participating artists.
4. Now we know where the problems
of the Biennale and they have been raised before and its time
to cure the cancer before it spreads.
« Le « Off » hors
jeu ». Foruné Bationo
Ce qui devait être
le bastion d'un chamboulement a finalement fixé son envol
loin de » toute audace. Le « Off » à
cette 8e Biennale de Dakar n'a pas rayonné de sa douce
folie. Aucun déchaînement formel, aucune profondeur
intérieure. Tout se passe comme si le « Off »
refusait de s'ouvrir à sa marque de fabrique, à
ses réelles poussées d'air frais ; étonner,
dessiner des pistes, orienter et redéfinir sans arrêt.
Est-ce la faute de la Biennale à la tenue incertaine ou
à cause du déclin amorcé des énergies
de la création comme le craignent certains?
Boutons vite hors cadre, la seconde hypothèse pour saisir
la 1e, hautement plus plausible. A notre sens, en donnant des
gages de sévérité au niveau organisationnel,
et en faisant le porte à porte des pays africains, dont
les artistes tardent malheureusement à comprendre la fabuleuse
opportunité de cette vitrine. Le « Off » y
compris le « In » s'en porteraient mieux. Nos yeux
aussi.
« Une Heureuse surprise »
Ndeye Rokhaya Gueye
C'est avec curiosité
que nous nous faufilons au milieu des livres jusqu'à découvrir
au deuxième niveau de la librairie Aux Quatre Vents une
bibliothèque autre, d'une nature bien particulière.
A la place des étagères, comptoirs et autres meubles
de rangement : des oeuvres de l'esprit, distinctes des bouquins
mais fraternelles! Elles se déploient dans l'espace pour
épouser subtilement ses pans. Une mise en scène
habilement maîtrisée nous met à l'aise d'emblée.
Ensuite, s'installe l'envie et le désir de nous fondre
dans le décor tant la scénographie invite à
la sérénité par la sobriété
et l'authenticité des moyens mis en oeuvre pour la relouquer.
L'ambiance est plutôt classique, elle se décline
dans des gris qui se déploient du sol aux murs, des murs
au plafond. Ces cloisons souvent taillées dans du papier
calque habillent délicieusement le lieu et lui donnent
du caractère. La scénographe Françoise Mortier,
une galeriste belge et sa collaboratrice Sandra, ont soigneusement
mis à contribution des moyens simples, efficaces et dépouillés
à la fois dans l'aménagement de cet espace devenu
galerie. A partir d'effets lumineux savamment intégrés
à un intérieur baigné de soleil, elles réussissent
astucieusement à mettre en valeurs des oeuvres dépourvues
de cadre. Nous ne manquons pas d'être séduites devant
l'ingéniosité avec laquelle la scénographe
a su mettre en exergue le travail de quinze artistes plasticiens,
vidéastes pour les uns et graphistes pour les autres.
La huitième édition de la biennale contemporaine
africaine est le lieu qui a servi de contexte pour réunir
cinq artistes sénégalais et dix belges. Leurs vocabulaires
plastiques sont essentiellement tournés vers le dessin
et l'animation vidéo. « Du dessin à l'animation
du dess(e)in » est l'intitulé de ce cette convergence
artistique. Les travaux de ces artistes nous invitent dans le
champ du graphisme et du numérique. Ils se sont tous employés
à la fois dans une magnifique tentative de dépassement
du dessin pour nous livrer avec grâce des constructions,
des structures, des morphologies, des mouvements et des traces.
Leurs palettes révèlent un univers contrasté
en noir et blanc deux valeurs extrêmes, entre le Sénégal
et la Belgique le links la galerie de Prêt d'oeuvres d'Art
de Bruxelles.
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