Journal de bord
Atelier Critique, île de Gorée, Mai 2008

Humeurs du Matin (2)

 

« Forcer le regard ! » Roger-Pierre Turine
Soyons positifs. Résolument. Envers et contre tout. La Biennale 2008 a failli. Sur toute la ligne. Comment en douter ?
Réflexion avortée, sélection bâclée, scénographie rapiécée, oeuvres à peine salées N'en parlons plus. C'est trop triste. Alors on oublie. Que cela ne nous empêche toutefois pas de penser que, dans cette biennale sans odeur, quelques pièces ont quand même émergé.
D'accord, point de découvertes. Pas la moindre. Faudrait-il pour autant refuser les louables confirmations d'artistes déjà reconnus ?
Faute de grives, dit le dicton, mangeons des merles ! Après tout, il y a de quoi se réjouir quand des créateurs qu'on avait autrefois salués confirment ou affirment, développent tout le bien qu'on en pensait.
Pas de nouvelle têtes ? Alors va pour les têtes couronnées. Elles nous auront quand même sauvé notre biennale de Dakar.
Il y a Ndary Lo et sa « Forêt verte », impressionnante, élancée, fière dans une débacle écologique, annoncée. Miroir d'une Afrique qui, tel un monde déboussolé, se meurt dans l'horreur des déforestations éhontées ?
Il y a Jems Robert Kokobi et le doigt mis sur nos plaies vives : les massacres au Darfour épinglés au travers des sculptures aux tensions exacerbées ; l'histoire aussi, sans cesse ravivée, d'égarements négrierstoujours d'actualité.
Il y a Freddy Tsimba. Mal scénographié, le pauvre et cher Freddy qui n'a pas son drame en poche et le crie : douilles de guerre, fourchettes et cuillères d'une faim sans fin.
Il y a Guy Wouete, vidéaste miroir de questions lancinantes autour des potentats qui nous gouvernent.
Il y a Soly Cissé, ses grands dessins qui fouillent nos imaginaires, nos angoisses ; ses vidéos installées comme autant de petits miroirs mobiles de nos trop grands écarts de vie.
Il y a Ibrahim Niang, dit Piniang, qui réfléchit la ville concentrationnaire et tragique, expéditive et canonique. La ville miroir d'utopies cinglantes !
Il y a, il y a Je sais. Ceux là vous les connaissez. Salués, primés, félicités, congratulés. De longue date. Mais, bilan positif, ô combien, leur voix ne s'atrophie pas, ne se gonfle pas d'auto-satisfactions, ne se réduit pas au silence des valeurs, des vigueurs taries.
Alors oui, saluons les encore. Puisqu'il le faut. Puisque leur relève se fait attendre.
Et patience ! Qui sait si demain, ou tout à l'heure déjà, un jour neuf ne nous encouragera pas à reprendre notre bâton de pèlerin, en quête de nouveaux inédits, de nouvelles identités.
Courage et détermination. Ouvrons l'oeil et le bon.

 

« Le souffle de Dimé ». Virginie Andriamirado
Du 10 au 12 mai, dans le cadre de Regards sur cours à Gorée, les jardins et les cours de l'Ile se transforment en ateliers à ciel ouvert où les artistes de l'île et d'ailleurs exposent leur travail. C'est l'occasion de pénétrer dans l'atelier de Moustapha Dimé, habité depuis sa mort par son ancien élève le sculpteur Gabriel Kemzo Malou, récemment rejoint par son épouse Isabelle Blanche.
Pénétrer dans l'atelier de Dimé, isolé sur les hauteurs de l'île, c'est entrer dans un univers habité par l'âme du sculpteur trop tôt disparu mais aussi dans un espace de vie recréé par Gabriel Kemzo Malou et son épouse.
Ce dimanche 11 mai dans l'atelier de Dimé, les élèves du cours de cinéma expérimental animé, avec les moyens du bord (une caméra pour une classe de 50 élèves), par Isabelle Blanche à l'école des Beaux Arts de Dakar, présentent les films qu'ils ont réalisés dans le cadre de leur formation. Onze films diffusés en boucle montrent les premiers essais - prometteurs pour certains - des élèves confrontés pour la première fois à la caméra.
Un souffle joyeux traverse l'atelier de Dimé. Autour de ses sculptures, les étudiants racontent leur première expérience cinématographique qui contribue à nourrir leur expérimentation plastique. Lieu de vie mais aussi lieu de résidence d'artistes en partenariat avec la structure américaine FreeDimensional plattform, l'atelier de Moustapha Dimé résonne ce dimanche 11 mai de l'enthousiasme des étudiants de Beaux-Arts. Dans l'air un souffle léger.
Dimé n'est plus mais son atelier vit, son oeuvre rayonne et son souffle reste.

 

Christine Eyene
Se pourrait-il que l'éducation de l'oeil ne soit anesthésiant. Que le regard savant ne puisse dorénavant accéder au stade de l'émoi que par la surenchère du sens, de l'esthétique, de la technicité, de la complexité, de la subtilité de l'oeuvre d'art. Oeil blasé parce qu'averti. En conséquence, oeil trop exigeant.
Doit-on brader notre savoir sous prétexte que nous sommes "Afrique". Chez nous, parait-il, la critique d'art ferait défaut, le commissariat artistique n'en serait qu'au stade embryonnaire. Les artistes africains, quant a eux, sont des centaines, des milliers

Pour mon oeil, perverti par la science non-exacte, les lauréats sont tout autres.

 

« Dans l'île, la lumière du matin ». Pierre Jaccaud
Discussions, écritures et visites sont au programme. « Regard sur cour » est une manifestation qui amène beaucoup de monde, de curieux La navette débarque des flots de visiteurs. Immergés dans la foule, nous découvrons la maison de Madame Crespin et la 11e installation de Soly Cissé ayant pour thème évidemment l'esclavage ! Trop de tout, des bijoux, vidéos, voilages Le trop de signes noie le signifiant. Pour le reste une multiplication de lieux et l'intérêt d'entrer là où d'habitude on trouve porte close ! Le pèlerinage qui conduit à l'atelier de Moustapha Dimé passe par un chemin bordé de peintures souvenirs. Le syndrome de Montmartre s'exporte. Je croise une femme européenne, un tableau sous le bras et un sac en bandoulière portant le sigle de la Documenta de Kassel Troublant !
Accueillie par l'épouse de l'assistant de Dimé, je tente de m'imprégner de l'atmosphère du lieu en vue de la prochaine scénographie. La tête me tourne, le balcon sur la mer est rempli d'énergie. Au bout de la désolation, les riens abandonnés, la vacuité de nos égaux. Cet espace métaphysique exténué cloue le visiteur en son centre. L'équipe de Canal + Horizons nous accompagne. Leur présence filmique est remarquable de simplicité. La table critique s'ouvre à l'heure, 16h. Cette initiative improvisée a amené quelques visiteurs. Nous débattons, l'équipe est solidaire. Le souffle de la brise côtière balaie les mauvaises pensées

 

Foundation Blachere
Dakar Biennale 08 OFF 10/05/08
Raphael Chikukwa

From our visit into the off exhibition, personally I fill it was not impressive all in terms of quality. Seeings artists hanging their works after the opening is not a new thing at the Dakar Biennale and it should not be acepted at all at this day in age. As we all learn from our mistakes, the Dakar Biennale organisers should revist the past and readdress some of this concerns. By keeping on repeating the same mistakes Africa is sending a bad signal to the international Art world, for Africa must reclaim itself in the international art community. Some places were not suitable for the exhibitions to be there and the quality of the work is quationable.

At the Centre Socio - cultural du Point - E a young artist Barkinado Boccum was still hanging his work. Barkinado's collage piece was very impressive in terms of creativity, exacution and presentation although some of his work was not good, a selection of what should be exhibited could have made a difference at the Centre.

The visit to Musee Boribana is an impressive space owned by a local Senegalese and it is one of the private owned space, which could be like other spaces like Linda Goodman in South Africa. Musee Boribana's collection does not reflect the beauty of the space and with a bit of Curated shows it could make a big difference.

Goree Institute 11/05/08

Realizing the weakness of the Dakar Biennale as part of the Art Critic from the Foundation Blachere my concerns are as follows.

1. Revisiting the previous Biennales from 2004 and 2006, I thought the Dakar Biennale 08 was going to take off from Yocouba Konate's approach but it took a step back.

2. The lack of continuation is of great concern today if ever Africa is going to reclaim its place in the International Contemporary Art World.

3. The other issues of great concern are the lack of technical team to hang the exhibition in time. An investment into a technical team and time to hang the show would really make such a big difference and would also complement the work by participating artists.

4. Now we know where the problems of the Biennale and they have been raised before and its time to cure the cancer before it spreads.

 

« Le « Off » hors jeu ». Foruné Bationo
Ce qui devait être le bastion d'un chamboulement a finalement fixé son envol loin de » toute audace. Le « Off » à cette 8e Biennale de Dakar n'a pas rayonné de sa douce folie. Aucun déchaînement formel, aucune profondeur intérieure. Tout se passe comme si le « Off » refusait de s'ouvrir à sa marque de fabrique, à ses réelles poussées d'air frais ; étonner, dessiner des pistes, orienter et redéfinir sans arrêt. Est-ce la faute de la Biennale à la tenue incertaine ou à cause du déclin amorcé des énergies de la création comme le craignent certains?
Boutons vite hors cadre, la seconde hypothèse pour saisir la 1e, hautement plus plausible. A notre sens, en donnant des gages de sévérité au niveau organisationnel, et en faisant le porte à porte des pays africains, dont les artistes tardent malheureusement à comprendre la fabuleuse opportunité de cette vitrine. Le « Off » y compris le « In » s'en porteraient mieux. Nos yeux aussi.

 

« Une Heureuse surprise » Ndeye Rokhaya Gueye
C'est avec curiosité que nous nous faufilons au milieu des livres jusqu'à découvrir au deuxième niveau de la librairie Aux Quatre Vents une bibliothèque autre, d'une nature bien particulière.
A la place des étagères, comptoirs et autres meubles de rangement : des oeuvres de l'esprit, distinctes des bouquins mais fraternelles! Elles se déploient dans l'espace pour épouser subtilement ses pans. Une mise en scène habilement maîtrisée nous met à l'aise d'emblée. Ensuite, s'installe l'envie et le désir de nous fondre dans le décor tant la scénographie invite à la sérénité par la sobriété et l'authenticité des moyens mis en oeuvre pour la relouquer. L'ambiance est plutôt classique, elle se décline dans des gris qui se déploient du sol aux murs, des murs au plafond. Ces cloisons souvent taillées dans du papier calque habillent délicieusement le lieu et lui donnent du caractère. La scénographe Françoise Mortier, une galeriste belge et sa collaboratrice Sandra, ont soigneusement mis à contribution des moyens simples, efficaces et dépouillés à la fois dans l'aménagement de cet espace devenu galerie. A partir d'effets lumineux savamment intégrés à un intérieur baigné de soleil, elles réussissent astucieusement à mettre en valeurs des oeuvres dépourvues de cadre. Nous ne manquons pas d'être séduites devant l'ingéniosité avec laquelle la scénographe a su mettre en exergue le travail de quinze artistes plasticiens, vidéastes pour les uns et graphistes pour les autres. La huitième édition de la biennale contemporaine africaine est le lieu qui a servi de contexte pour réunir cinq artistes sénégalais et dix belges. Leurs vocabulaires plastiques sont essentiellement tournés vers le dessin et l'animation vidéo. « Du dessin à l'animation du dess(e)in » est l'intitulé de ce cette convergence artistique. Les travaux de ces artistes nous invitent dans le champ du graphisme et du numérique. Ils se sont tous employés à la fois dans une magnifique tentative de dépassement du dessin pour nous livrer avec grâce des constructions, des structures, des morphologies, des mouvements et des traces. Leurs palettes révèlent un univers contrasté en noir et blanc deux valeurs extrêmes, entre le Sénégal et la Belgique le links la galerie de Prêt d'oeuvres d'Art de Bruxelles.