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Moulim El Aroussi. Ecrit le dimanche
11 mai
... Je me suis arrêté sur une installation vidéo,
mais deux choses m'ont un peu gêné : les alcôves
où l'on s'y sent complètement emprisonné
et le mélange des propos dans la présentation des
travaux. Je suis toujours dans le « In », j'ai des
difficultés à trouver les noms des artistes, des
difficultés à m'emballer pour une oeuvre. Notre
marche sera longue et notre parcours truffé de surprises.
La salle du design n'est pas mal arrangée, elle est loin
du tumulte officiel et elle regroupe un ensemble de créateurs
presque homogènes.
J'ai tout bouffé par les yeux, j'attends que passe la
désillusion d'hier pour pouvoir juger. Je prends des notes,
j'écris et m'embarque dans l'aventure du « Off ».
Enfin une exposition bien présentée avec une oeuvre
qui éveille réellement mon interrogation. Dans
le groupe, quelques points de vue se rapprochent, s'entrechoquent,
parfois, mais ils sont tous d'accord sur un fait : la récolte
de cette année est bien maigre. Je ne peux que les croire
car ils sont (la majorité) des habitués de la biennale.
Leurs propos qui tendent à consoler quelque part ne m'enlèvent
pas ce goût amer de la frustration. Nous avons marché
toute la journée sous un soleil de plomb, nous avons sillonné
les rus et les ruelles de plusieurs quartiers de Dakar à
la recherche de quelque chose qui puisse assouvir notre soif
d'émerveillement. Encore aujourd'hui, le plaisir est suspendu,
je m'en suis sorti avec une fièvre carabinée. Je
suis alité ce matin, mais j'irai tout à l'heure
à l'exploration du Off dans l'île de Gorée
où nous résidons.
Virginie Andriamirado
Arpenter le Off
pour trouver le souffle manquant dans le In.
Traversée hasardeuse de la ville au gré des expositions
annoncées dans le programme du Off.
Beaucoup de portes closes. Par des portes dérobées,
quelques travaux se dévoilent, posés au sol. Ils
ne donnent pas envie de revenir.
Le off peut réserver de belles surprises. Il n'y
aura pas de révélateur ce jour-là. Les «
classiques » poursuivent leur trajectoire. A la librairie
des Quatre Vents élevée sur l'avenue Cheikh Anta
Diop, à la lisière des quartiers Mermoz et Ouakam,
des artistes belges et sénégalais dialoguent autour
du dessin. Parmi eux, les figures hybrides de Solly Cissé
épinglées sur de grands panneaux blancs. Un monde
se joue, fantasmé, habité, blessé. Le trait
est sûr, parfaitement maîtrisé. L'univers
de Solly est intact.
Découverte d'une installation de Piniang, dont on apprend
qu'elle faisait initialement partie d'un projet d'installation
pour le In. Résultat : pour l'Ifan, seules trois
toiles ont été présentées selon un
parti pris de sélection arbitraire. Banalisées,
vidées de leur substance, elles semblent perdues sur les
murs du musée. L'autre partie de l'oeuvre amputée
est présentée à la librairie des Quatre
Vents. Là, l'installation de colonnes sombres évoquant
la noire poésie des villes, mentalement reliée
aux toiles présentées à l'Ifan, permet d'appréhender
le projet initial de l'oeuvre de Piniang dans sa globalité
et de lui donner sens. Comment peut-on ainsi amputer une oeuvre
et n'en présenter qu'une partie dans la sélection
officielle ?
Du point E à Mermoz en passant par le quartier de Ouakam,
des espaces d'exposition visités, aucune oeuvre ne se
révèle. Au centre socioculturel du point E, une
toile mal entourée par des tableaux saturés de
rouge, réalisé par le même artiste force
le regard. Composée de carreaux assemblés, elle
laisse apparaître trois visages d'un même personnage
dont elle restitue les émotions nées d'un sentiment
de peur. Issu de la promotion 2005 de l'Ena (Ecole nationale
des arts), le travail de Barkinado Bocoum manque encore de maturité,
mais il a peut-être un sillon à tracer. De même
Ngoor, jeune plasticien sénégalais dont une toile
est présentée au musée Boribana. Une toile
ne suffit pas à révéler un artiste et à
poser un univers.
« Une journée accomplie
» Pierre Jaccaud
En attendant la chaloupe,
chacun écrit son billet matinal.
Le geste d'écrire avant la longue marche ! La corne de
brume qui se mêle au tintamarre des oiseaux, loin de la
confusion.
Le parcours que nous avons emprunté était aléatoire,
d'un taxi à l'autre, d'une rue à l'autre, des bureaux,
magasins, lieux de vie, d'études des endroits improbables
déjà ouverts ou déjà fermés.
Le « Off » devrait être le ferment des inconnus,
voir des refusés et solliciter la surprise, avoir le débat
? Fi de tout cela, au contraire, nous rencontrons des travaux
pratiques souvent infantiles, mais nourris de bonnes intentions.
Nous avons poussé notre quête loin, très
loin, jusqu'à l'hôpital psychiatrique et là
le symptôme était flagrant le rien, le vide, un
« en attendant Godot ».
L'éclatement, la multiplication des lieux rend la promenade
du curieux problématique.
Le spectateur est pris dans le dédale citadin et c'est
finalement entre... que les choses se passeraient
La rue africaine offre un spectacle permanent. Tous les sens
sont sollicités par le quotidien organisé comme
une vaste installation.
Les volontés plastiques dites artistiques sont souvent
décevantes en comparaison, mais malgré tout, toujours
ce bonheur du quotidien et me vient à l'esprit cette réflexion
de Robert Filliou « l'art c'est ce qui rend la vie plus
belle que l'art ».
« Voir et revoir. » Chrsitine
Eyene
Dimanche matin. Déjà
le fil du temps se perd. A rebours. Inauguration vendredi 9,
privilège pour l'invité et le visiteur venu de
loin, de goûter à la primeur de l'oeuvre, avant
qu'elle ne soit chargée du mot, de l'interprétation,
qu'elle ne soit confrontée au regard, à l'analyse
critique et qu'enfin elle s'inscrive dans l'histoire de l'art.
Mais privilège qui n'est que subterfuge. Car j'ai beau
regarder, je ne vois rien ! L'expérience sensorielle,
rétinale, est obstruée par la cacophonie. Les paroles
des nombreux visiteurs, les tambours de la cérémonie
d'ouverture, couvrent la bande son des installations. La scénographie,
absente, voire honteusement négligée trahit l'intention
- le dessein (il disegno Vasari)- de l'artiste.
Samedi 10 mai. Retour aux expositions. Pour voir cette fois.
« Freddy Tsimba, la famine ou
menu sculptural ». Fortuné Bationo
Derrière les
fourchettes et les cuillères, l'homme peut surgir, inquiet,
dévasté, transformé. Après les hommes-douilles,
Freddy Tsimba traque à cette Biennale une autre calamité,
voisine de la guerre : la faim.
Et il a bien raison de remplir nos yeux de cette brillante actualité,
avec des sculptures qui signent un accomplissement vertigineux.
De cuillères et de fourchettes, d'hommes et de femmes
chez qui l'estomac vacant est une pénitence journalière.
Ils sont de plus en plus nombreux sous nos cieux à guetter
le repas comme on guette le retour chez soi après un très
long exil. Ayant abîmé leur dignité dans
cette quête frénétique, ces crèves-la-faim
n'ont plus d'autre visage que celui des morts-vivants. Une saisissante
métaphore d'un mal qui gagne du terrain.
« Une affaire de décor
? » Roger-Pierre Turine
l'exposition de la
Biennale digérée à gros bouillons de sueur
interloquée, il nous restait à aborder un «
Off » pléthorique, euphorique ? La journée
il est vrai démarrait sous d'heureux auspices, l'exposition
« belgo-sénégalaise » de la librairie
des Quatre-vents à Mermoz, valant son pesant de traversée
atlantique « du dessin à l'animation du dess(e)in
» Tout un programme. Point de chauvinisme imbécile
pour autant. J'ai beau connaître et pratiquer l'institution
-la galerie de prêt d'oeuvres d'art de Bruxelles- depuis
des lunes, le coup de soleil qu'elle a apporté à
la Biennale 2008 mérite un coup de chapeau aussitôt
assorti de saines réflexions.
Premier contraste frappant avec un « In » qui aurait
pu bouleverser la planète : ici, ni surenchères
abusives, ni fanfaronnades déplacées. Ni fourre-tout,
ni chaos. A peine abordée, l'expo distille un concept,
une architecture, un choix et un parti-pris éclairés.
Elle se déroule comme une longue histoire du dessin à
travers ses classiques, ses découvertes, ses audaces,
ses démonstrations, ses expressions rénovées,
développées, d'aujourd'hui à demain déjà.
Du papier à la ligne d'une ardoise, de la sculpture à
l'installation, au film d'animation. Une ligne graphique, une
ligne de vie. Réalité, poésie, musique,
prière. Loin d'être vide de sens, sinon vide de
tout, cette exposition exprime le grand tout d'une pensée
qui, au travers de sa diversité d'expressions, salue l'âme
humaine et ses complexités. Travaux de jeunes et de moins
jeunes, d'aînés reconnus et d'étudiants en
veine de reconnaissance. Ni ghetto, ni prééminences.
Des artistes qui se rencontrent. Une réelle exposition
n'est évidemment pas le fruit d'un hasard. Elle transpire
sa maturation dans le choix et le respect des oeuvres, forme
et fond. L'un ne va jamais sans l'autre ! Ce qui explique le
couac de tant de propositions, lors de tant de biennales et d'autres
foires d'art contemporain, victimes de la vacuité inhérente
aux travaux sans âme qu'on croit, parfois, justifiées
par leur seul exploit formel. Funeste erreur !
Une expo -comme une biennale d'ailleurs- se pense, se conçoit,
se réfléchit, s'articule autour d'une suite d'impératifs
et d'originalités.
Je dirai donc pour conclure ce trop long exercice de mise en
forme du digest d'un jour trop long, que l'exposition «
Du dessin à l'animation du dess(e)in » rayonne par
ces mille facettes dont peut s'enorgueillir une entreprise menée
à bon port. Petite, modeste, tranquille, mais généreusement
habitée, lucide, volontaire, elle s'impose, en impose,
ennoblit l'expérience artistique de valeurs ajoutées.
Et triste à dire, si l'on veut bien suivre cette logique,
somme toute élémentaire, la biennale internationale
de Dakar 2008, contraste affligeant, s'écrase, elle, tel
un carton pâte !
A quoi bon un village des arts, un salon VIP, un point presse,
accréditations et faux semblants, quand un décor
illusoire s'y pare de pacotilles A de trop rares exceptions près,
elles-mêmes étouffées sous ce trop-plein
de bon à rien !
Nous aimons cette biennale, mais son édition 2008 a failli
sur toute la ligne. La faute à qui, la faute à
quoi ?
Quand un Etat se mêle de culture et d'art, l'échec
qualificatif, tôt ou tard, frappe dur et sec. On le prévoyait
depuis des années déjà. L'édition
2006, la meilleure de toutes, n'aura pas réussi à
élever le niveau du débat, lancinant : à
quand une biennale libérée de ses entraves administratives
et politiques ? La réponse, deux ans plus tard, est claire
: le pouvoir sénégalais s'est désormais
offert la biennale qu'il mérite, lamentable et tragique.
Et tant pis pour lui !
Le « Off » la sauverait-il ? Au lendemain du pénible
exercice d'une suite de visites à hue et à dia,
je me pose une question dont la réponse m'afflige par
avance. Hélas ! Mais je me trompe peut-être et,
promis, je rectifierai le tir, s'il convient.
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