Célestin BADIBANGA ne MWINE:
Griots picturaux de Kinshasa à Joucas

 

 

Du 10 au 23 Juin 2006, le village de Joucas vibrera aux accents des palettes des peintres populaires Kinois: Bodo, Chéri Chérin, Chéri Benga, Sim Simaro, Shula, Sapin, Songolo, Hergé. Huit artistes qui fixeront leurs regards sur ce village et ses habitants. En même temps que leurs tableaux amenés de Kinshasa serviront d'autant de fenêtres ouvertes sur les réalités Kinoises. Projection des regards insolites voire incongrus !

En véritables griots, comme j'aime à le dire, ces artistes disent tout haut ce que la rue pense tout bas : aucun sujet tabou, le langage est sans ambage. Sa puissance concurrence bien la peinture d'affiche. Ces peintres sont libres de toute contrainte académique, conventionnelle. Mais, loin de rebuter, leur déviance esthétique accroche et introduit avec acuité dans l'humus social. Politique, religion, travers sociaux, histoire... L'organisation du travail pictural des ces artistes tire parti des traditions orales urbaines assaisonnées de réminiscences des traditions ancestrales. Proverbes, adages, mythes, contes, légendes... Mais, aussi, des richesses langagières, cinématographiques, de la BD et que sais-je encore.

L'on a affaire ici à l'un des chapitres majeurs de la peinture congolaise moderne. Ses premières manifestations remontent aux fresques des cases rurales ayant présenté le regard des peintres autochtones sur la vie originelle des villages mais aussi sa mutation à partir de l'intrusion coloniale. A ce propos, Lubaki et Tshelantendu sont les premiers fresquistes à avoir transposé l'imagerie murale dans la technique d'aquarelle. À partir de 1926.

J'accompagne et aide à l'émergence de la peinture populaire Kinoise depuis 1973. Le premier moment ayant consacré cette émergence a été l'exposition « Art Partout » que j'ai organisée avec Jean-Pierre Jacquemin en 1978 à l'Académie des Beaux--Arts de Kinshasa. Dans le cadre du quatrième Congrès International des Africanistes (C.I.A.F) sous le thème « La Dépendance de l'Afrique et les moyens d'y remédier ». L'accueil général se résumait en ces termes: «Enfin, une peinture qui nous dit quelque chose!»

Aujourd'hui, la Fondation Jean Paul Blachère a le plaisir d'offrir aux habitants de Joucas la merveilleuse occasion d'ajouter au plaisir du vin le grand crû des réalités de Kin (1).

 

Célestin BADIBANGA ne MWINE:
Critique d'Art
République Démocratique du Congo

 

 

 

(1). Kinshasa