Exposition
Freddy Tsimba : L'esprit guerrier

16 octobre 2007 - 11 janvier 2008

 

 

Existe-t-il une différence entre artiste et guerrier ? Freddy Tsimba est l'un et l'autre.

J'en veux pour preuve son art d'animer les matières inertes, voire de récupérer les douilles et de les assembler pour composer des figures humaines. L'objet de mort devient lui-même un fragment de la cible perdue !

Les bronzes sont traités comme des dessins dans l'espace. Les lignes jouent de densités multiples, elles vibrent, se contorsionnent pour livrer des surgissements chimériques.

Les douilles soudées l'une à l'autre, offrent des cottes de mailles qui auraient pris l'empreinte des corps défunts.

Le sculpteur entre en peinture

En feuilletant les carnets de la création des Editions de l'Oeil qui lui sont consacrés, j'observais les dessins préparatoires qui servaient de fond à la prise de vue des sculptures. De là, l'idée de proposer à Freddy Tsimba, une résidence qui lui permettrait d'explorer de nouveaux territoires dans sa création. Les bronzes issus de son « couloir humanitaire » (c'est ainsi que Freddy Tsimba nomme son atelier exigu de Kinshasa) sont confrontés aux seize grandes peintures réalisées à Apt et qui laissent augurer des lendemains picturaux vengeurs et prolixes.

Il règne dans la peinture de Freddy Tsimba des parfums de Wilfredo Lam à propos duquel Edouard Glissant a écrit « épure enluminée de tous les possibles » qui convient admirablement bien à Freddy Tsimba, héritier direct, dans cette filiation inspirée des nouveaux plasticiens venus du continent africain.

Pierre Jaccaud
06 septembre 2007

 

 

Les combats de Tsimba

Après des décennies de disette culturelle, conséquence affligeante d'un colonialisme déroutant et d'un mobutisme annihilant, le Congo des arts plastiques relève enfin le gant, va de l'avant, sous les auspices d'une génération de jeunes loups en rupture de ban.

Faisant figure d'aîné à la barbe fleurie, Freddy Tsimba, la petite quarantaine, en serait-il le prophète ?

Prophète ou pionnier d'une révolte sourde aux atermoiements, il est l'un des premiers à s'être démarqué d'une mêlée qui faisait la part trop belle à un post-colonialisme déliquescent.

Et, à l'occasion du Dak'Art 2004, son « Corps en mutation », aura réveillé bien des consciences sur les drames d'une Afrique plus que jamais aux prises avec les doutes, les famines, les corruptions et les guerres.

Freddy Tsimba porte sur son dos d'artiste les espoirs d'hommes et de femmes qui, sans souvent bien le savoir, doivent aux créateurs de l'impossible harmonie quelques-unes de leurs plus nobles conquêtes sur les coups du sort.

Freddy Tsimba doit son aura actuelle au combat qu'il se sera livré à lui-même pour s'extirper de la fange académique à laquelle trop d'auteurs de son pays sont restés rivés. Comment, parfois, faire autrement quand tout vous brime !

Tsimba a vu clair au bon moment. Sa révolution fut calme. Celle d'un homme en quête de sa propre voie, maître d'une oeuvre qui ne ressemblât à aucune autre !

La ferraille, le marbre, le bois Les premiers éléments tangibles d'une aventure artistique déterminée à s'accomplir dans l'épreuve, au jour le jour, des matériaux du sculpteur qu'il voulait être.

Jamais rassasié, avide de défis, Tsimba a utilement diversifié son expression au fil du temps. Plus formelle hier, davantage expressive aujourd'hui. Il y eut ses structures en fer, ses bronzes, ses sculptures en douilles de guerre.

Relever des défis : Freddy Tsimba s'y emploie chaque jour. Et cette exposition de la Fondation Blachère résume bien l'alpha et l'oméga d'un art du combat permanent. Si les bronzes appartiennent déjà à son passé, les dessins monumentaux témoignent d'une nouvelle conquête : exprimer en deux dimensions, sur un mur, ce qu'il s'escrime d'ordinaire à parachever en volumes dans l'espace.

D'hier à demain Eternel arpenteur de chemins, fussent-ils parfois de traverse, Freddy Tsimba s'inscrit en témoin d'un monde qui a soif et fin d'absolu. Même si, paradoxe consternant, ce même monde-là se satisfait toujours plus d'expédients, d'illusions.

 

Roger Pierre TURINE

 

 

Biographie

 

Né à Kinshasa (RDC) en 1967, Freddy Bienvenu Tsimba obtient son diplôme de graduat en option sculpture monumentale à l'Ecole des Beaux-Arts de Kinshasa en 1989. Depuis, Freddy Tsimba a participé à une vingtaine d'expositions, notamment au Congo, en Afrique du Sud, au Sénégal, au Cameroun, au Canada, à Haïti, au Liban et en Belgique où il a été invité en 2003 par le Parlement de la communauté française, puis au XIIème Festival de la Francophonie métissée au Centre Wallonie Bruxelles à Paris.

L'artiste a été récompensé à différentes occasions : la médaille d'argent aux jeux de la Francophonie à Ottawa (Canada) en 2001 ; la médaille du mérite des Arts, Sciences et des Lettres au Congo en 2002 ; le diplôme d'honneur au 48ème salon International des Arts plastiques de la ville de Béziers en 2004 et a remporté le prix des Artistes au concours du Centre Culturel de Blavozy (France) en 2005.

Depuis 2002, Freddy Tsimba a été invité dans plusieurs résidences d'artiste en France et à l'étranger.

En 2006, il a été sélectionné pour participer à la Biennale de Dakar où la Fondation Jean-Paul Blachère l'a honoré en l'invitant en résidence puis à exposer ses oeuvres en 2007.

Du 15 septembre au 30 octobre 2007, l'artiste a été accueilli à la grande manifestation Yambi qui était présentée en différents lieux prestigieux de Bruxelles, de Wallonie et à Paris pour y témoigner de la vitalité et de la créativité congolaise contemporaine.

Plus récemment, dans le cadre de la saison l'Afrique en Yvelines, initiée par le Conseil général des Yvelines, les oeuvres de Freddy Tsimba ont été exposées au Musée Départemental Maurice Denis parmi une sélection de créateurs reconnus de la scène artistique africaine.

En septembre 2007, l'artiste répond à une commande de la ville de Ixelles en Belgique, en installant une sculpture monumentale intitulée Au delà de l'espoir.

 

 

 

 

(photos : Véro Martin)